La Marieuse : L’Art de Trouver l’Amour à la Française

**La Marieuse**

Le cœur de Marguerite Lefèvre se mit à battre la chamade, si bien quelle appela un médecin à domicile. Non pas quelle fût vraiment malade, mais parler à quelquun lui semblait indispensable.

La médecin qui arriva était nouvelle, jamais vue auparavant par Marguerite jeune, menue, avec des yeux rougis par les larmes. De son sac dépassait un long concombre.

Entrez donc, invita Marguerite en la faisant passer dans son appartement.

La jeune femme déposa timidement son sac avec le concombre dans lentrée, enleva ses bottes et suivit Marguerite. Jamais cette dernière navait vu un médecin se déchausser chez un patient, ce qui lui inspira immédiatement sympathie et compassion.

Votre cœur ? demanda doucement la médecin en sasseyant près du lit où Marguerite sétait allongée.

Oui, ce sacré cœur, confirma Marguerite. Il tambourine sans cesse. Dans mes talons, mes genoux, mes oreilles et parfois, jai honte de le dire, ailleurs.

La médecin saisit son stéthoscope de ses doigts fins et ausculta le dos et la poitrine de Marguerite, fronçant ses sourcils épilés et plissant son petit nez retroussé.

Les genoux, suggéra Marguerite. Il frappe tellement là, peut-être devriez-vous écouter ?

La médecin secoua la tête, signifiant clairement que les genoux nétaient pas de son ressort.

Arythmie, déclara-t-elle avant déclater en sanglots si bruyants que Marguerite en fut effrayée.

Cest si grave ? sexclama Marguerite, sentant son cœur battre comme un marteau-piqueur.

Non, pas vous moi, pleura la médecin. Vous prendrez des médicaments et ça passera, mais moi moi

Là, Marguerite se réjouit. Enfin, une occasion de parler se présentait, si claire que son cœur cessa aussitôt de lui jouer des tours.

Votre mari vous a fait du chagrin ? demanda-t-elle dun ton pratique en reboutonnant son peignoir.

Je nai pas de mari ! sanglota la médecin. Cest bien là le problème !

Alors, cest un petit ami qui vous a quittée, devina Marguerite.

Je vais vous prescrire des médicaments, dit la médecin en essuyant ses larmes avec son peignoir avant de sortir une ordonnance froissée de sa poche.

Laissez tomber les médicaments, linterrompit Marguerite. Allons plutôt prendre un thé.

Je suis en service, sanglota la médecin en griffonnant quelque chose sur lordonnance.

Moi aussi, répondit Marguerite avec fermeté avant de filer dans la cuisine préparer une tisane de tilleul.

La médecin la suivit, morose et malheureuse, le stéthoscope bizarrement coincé dans les oreilles.

Enlevez-moi ça ! lui ordonna Marguerite en sortant confiture, biscuits et guimauves enrobées de chocolat du frigo.

La médecin retira le stéthoscope et se remit à pleurer.

Marguerite remarqua alors à quel point elle était jeune. Des taches de rousseur sur le nez, des mains rougies par le froid, et dans ses yeux le désespoir absolu.

Allez, racontez-moi tout, ordonna Marguerite avec délice en sinstallant à table.

Je vous ai prescrit des médicaments de b-bons médicaments, sanglota la jeune femme en blouse blanche.

Je men fiche de vos médicaments ! Parlez-moi plutôt de ce qui vous attriste !

Une une allergie au froid, mentit-elle éhontément avant de se brûler en buvant la tisane.

Marguerite se leva pour regarder le thermomètre dehors.

Vous êtes en retard avec votre allergie, ma petite. On est en plein printemps, il fait dix degrés !

En retard ? ! sétonna la jeune femme en pleurs. Alors cest nerveux.

Elle attrapa une guimauve et lengloutit dun coup.

Profitant de ce quelle ne pouvait plus parler, Marguerite lança :

Cest moi qui fais le diagnostic maintenant. Vous pleurez parce que votre petit ami vous a quitté pour une autre, cest ça ?

Ouaaais ! confirma-t-elle, la bouche pleine, avant de libérer un nouveau flot de larmes qui tombèrent dans sa tasse.

Ah ! sexclama Marguerite, ravie de sa perspicacité. Et cette autre, cest sûrement une amie à vous ?

Ma s-sœur ! La médecin avala la guimauve et, sans raison, se remit le stéthoscope dans les oreilles.

Votre sœur ? ! shorrifia Marguerite en portant la main à son cœur, lequel battait pourtant paisiblement, ravi dentendre un récit aussi dramatique.

Demi-sœur, sanglota la médecin en sirotant son thé aux larmes. Mais presque une vraie sœur. Elle écouta son propre cœur avec le stéthoscope avant de le retirer.

Jai aussi une arythmie, annonça-t-elle lugubrement. Vous avez de la valériane ?

Bien sûr !

Marguerite bondit pour sortir une teinture dont elle seule, sa grand-mère et un chaman breton connaissaient la recette. Ce breuvage déliait les langues, égayait les esprits et donnait une furieuse envie de se marier.

Elle en versa un petit verre à la médecin, qui lavala docilement, le visage séclairant aussitôt. Sans quon ait besoin de la questionner, elle déballa son histoire.

Jaimais Pierre, Pierre maimait, on sest aimés trois ans sans tromperie ! On se disait : une fois sa thèse finie, une chambre en résidence universitaire obtenue, on se marierait. Un bébé, des meubles, une voiture à crédit Pierre travaille sur la fusion nucléaire. Aucun métal ne résiste à ça ! Il comptait sur le tungstène, mais même lui a cédé Sil avait tenu, Pierre aurait déjà sa thèse et sa chambre. On saimait, on allait au ciné, on sembrassait dans les escaliers, on prenait des cafés Moi, je soignais les gens entre deux rendez-vous galants, lui cherchait un métal résistant. Et puis ma petite sœur est arrivée comme un cheveu sur la soupe. Une beauté ! Elle étudie le chant lyrique. Dès quil la vue, Pierre a oublié sa fusion. Même pas pensé au tungstène. Il sest mis à délirer, disant quil chantait comme Patrick Bruel. Jai tout compris. Coup de foudre Passion aveugle. Ma sœur a adoré lidée quil écrive une thèse. Elle a quitté son école et emménagé sous son aile nucléaire. Jaurais dû me battre pour mon amour, ma résidence universitaire, mes meubles et ma voiture Mais entre les gardes et les urgences

Bref, hier, Pierre a demandé ma sœur en mariage. Elle a dit oui. Moi, jai failli me pendre. Comme disent les physiciens prometteurs : jai failli faire imploser le réacteur ! Je suis devenue la troisième roue du carrosse lyrico-nucléaire.

La médecin se remit le stéthoscope dans les oreilles et, sourire absent, engloutit toute la confiture de framboises.

Marguerite se frotta les mains avec satisfaction et fila chercher son ordinateur.

Oh ! sétonna la médecin devant léquipement high-tech de sa patiente. Pourquoi ça ?

On va vous trouver un mari ! Marguerite enfil

Оцените статью
La Marieuse : L’Art de Trouver l’Amour à la Française
Bonjour. Je m’appelle Adam. Je pense être ton fils. Elle venait tout juste de fêter ses 18 ans. Au travail, on lui a dit qu’elle n’était pas à la hauteur, puis on l’a licenciée sans hésiter. Ce jour-là, elle est rentrée plus tôt que d’habitude et a surpris son petit ami au lit avec une fille qu’elle ne connaissait pas. Elle a alors cherché refuge chez sa mère. Mais le soir même, celle-ci lui a fait comprendre qu’elle ne la voulait pas chez elle, car son compagnon voulait profiter de la vie sans enfants. Le lendemain matin, le test de grossesse indiquait sans ambiguïté deux traits bien nets. Neuf mois sont passés comme un souffle brumeux. Elle a dormi chez des amis, parfois dans les gares. Elle acceptait tous les petits boulots qu’elle trouvait. L’hiver fut terrible — un jour, elle a même dû mendier devant l’église. L’enfant est né dans la nuit du 13 décembre. Un magnifique petit garçon, si fragile et paisible… Elle a écrit sur un petit mot : « Mon fils, je t’aime et je te souhaite de trouver une famille qui prendra soin de toi ! » Elle a déposé le bébé à côté de son berceau, puis s’est enfuie. À Paris, toute la ville préparait le Nouvel An : des guirlandes et des flocons de neige ornaient vitrines et fenêtres, des petites cloches tintaient à chaque coin de rue. Julia est sortie de sa voiture rouge, élégante et seule sur le vaste parking. Encore une fois, elle était la première arrivée. Le vigile lui a ouvert rapidement la porte. Julia lui a adressé poliment un signe de tête, a fait résonner ses talons dans le couloir silencieux, puis s’est installée à son bureau, a sorti ses dossiers, et, d’un geste automatique, a tourné la page de son calendrier. Treize. Il y a encore quelques années, elle aurait sans doute pleuré ; aujourd’hui, elle serra seulement les poings. — Julia, votre café, comme d’habitude ! lança la secrétaire en entrant. — Vous avez un visiteur. Il voudrait vous voir sans rendez-vous, il dit que c’est très important. Julia a jeté un œil à son reflet, a remis une mèche de cheveux en place, et m’a autorisé à entrer. Un jeune homme de vingt ans entra dans le bureau. Il s’arrêta sur le seuil, regarda Julia avec attention, s’avança timidement, puis s’arrêta. — Bonjour, répondit Julia. Puis-je vous aider ? — Bonjour Julia. Je… Je m’appelle Adam. Je crois que je pourrais être votre fils. Julia en eut le souffle coupé. En croyant qu’il l’avait contrariée, il s’empressa d’ajouter : — Je n’en suis pas totalement sûr. Je suis né le 13 décembre. Mes parents m’ont dit que ma mère biologique avait dix-huit ans et s’appelait Julia. Et… Ils ont gardé ça. Il fouilla dans sa poche, cherchant fébrilement quelque chose. Julia reconnut alors le vieux morceau de papier, ce petit mot qu’elle avait écrit dix-neuf ans auparavant. Elle fondit en larmes. Julia n’avait jamais oublié son tout petit garçon. Elle avait si souvent imaginé sa vie, comment il était devenu. À travers ses pleurs, elle tenta de distinguer le jeune homme élégant qu’il était devenu, mais elle le voyait encore comme le bébé à qui elle avait dit adieu dix-neuf ans plus tôt. Elle détailla ses traits, y reconnut des ressemblances. Julia comprit. C’était bien lui. Et, pour la première fois depuis des années, elle retrouva ce parfum unique de bonheur, qu’elle pensait avoir perdu à jamais.