– On se débrouille mieux sans tes conseils – lui a répondu sa fille avant de partir chez une amie

On est mieux sans tes conseils, dit la fille avant de partir chez son amie.

Maman, où est mon pull bleu, celui avec le col roulé ? cria Élodie depuis lentrée, faisant cliqueter les cintres dans le placard.

Nathalie Dubois reposa son livre sur la nutrition pour diabétiques et se leva du canapé.

Il est au lavage, ma chérie. Pourquoi faire ? Il fait dix degrés dehors.

Je vais chez Camille, chez elle, il fait toujours froid. Et alors, où est le sweat gris ?

Lequel ? Tu mas dit hier quil était trop fade. Nathalie sapprocha de larmoire, fouillant parmi les vêtements. Tiens, prends plutôt le rose, il te va si bien.

Élodie passa la tête depuis lentrée et fit la grimace.

Je vais chez une amie, pas à un rendez-vous. Le rose, cest trop habillé.

Être élégante na jamais fait de mal, sourit sa mère. Tu te souviens de ce que je te disais petite ? La première impression compte. Alors autant soigner les deux.

Élodie roula des yeux et enfila le premier sweat venu.

Élodie, tu es sûre que cest chez Camille ? Pourquoi ne pas rester à la maison ? Ses parents sont en voyage, vous serez seules. À votre âge Nathalie hésita, cherchant ses mots.

Maman, jai dix-sept ans. On dirait que tu penses quon va se droguer, rétorqua sa fille en fermant sa veste.

Non, mais Et si des garçons venaient ? Tu sais bien, de nos jours, il y a tant de dangers. Invite Camille ici, jai fait de la soupe à loignon et des croissants.

Élodie se figea, puis se retourna lentement.

Maman, ça suffit ! Arrête de tout contrôler ! Je suis assez grande pour décider où je vais !

Ma chérie, je ne contrôle pas, je minquiète pour toi ! Nathalie écarta les mains, désemparée. Tu es mon unique enfant, si quelque chose tarrivait

Rien narrivera ! Mon Dieu, pourquoi ne peux-tu pas me faire confiance ? Élodie tira brusquement sur sa fermeture éclair. Je vais chez une amie pour travailler sur notre exposé dhistoire, pas pour je ne sais pas quoi !

Je ninvente rien, se vexa Nathalie. De mon temps, les filles se comportaient différemment, elles consultaient leurs parents.

Justement ! De ton temps ! Aujourdhui, cest autre chose, maman !

Nathalie soupira, sappuyant contre le chambranle. Oui, les temps avaient changé. Et sa fille aussi. Pas comme elle à dix-sept ans, déjà employée à lusine pour aider à élever ses trois frères. Aller chez des amies sans raison ? Impensable. Et si elle sortait, elle devait rendre des comptes.

Élodie, je ne tinterdis pas daller chez Camille. Mais promets-moi de mappeler dans deux heures, pour me dire comment ça se passe. Daccord ?

Maman, sérieusement ? gémit Élodie. Jai cinq ans, peut-être ?

Non, bien sûr. Mais ça me rassurerait. Sil te plaît.

Élodie réfléchit, puis hocha la tête.

Daccord. Jappellerai. Mais pas toutes les demi-heures, compris ?

Compris, sourit Nathalie, soulagée.

Sa fille partit, et Nathalie reprit son livre, incapable de se concentrer. Sa pensée revenait sans cesse à Élodie. Elle grandissait, séloignait. Naturel, mais si difficile à accepter.

Avant, Élodie lui racontait tout, partageait ses secrets. Maintenant, elle se fermait, répondait par monosyllabes. Nathalie doutait : devait-elle continuer à guider sa fille, ou la laisser faire ses propres erreurs ?

Sa propre mère avait été stricte, exigeante. Jamais de liberté, toujours des comptes à rendre. Nathalie lui en était reconnaissante. Était-ce pour cela quelle craignait tant de lâcher prise avec Élodie ?

Le téléphone sonna une heure plus tard.

Maman, cest moi. Tout va bien, on travaille sur lexposé. Camille te salue.

Merci davoir appelé. Tu rentres dîner à quelle heure ?

Vers neuf heures, sans doute. Il reste du travail.

Daccord. Je te réchaufferai la soupe. Prends soin de toi.

Maman, arrête ! Je ne suis pas partie en Afrique, juste chez une voisine. À plus.

Nathalie raccrocha, secouant la tête. Une voisine, oui. Deux maisons plus loin. Pourtant, son cœur saffolait comme si sa fille avait traversé locéan.

Peut-être protégeait-elle trop ? Adolescente, son amie Sophie se plaignait de létouffante surveillance de sa mère. À dix-huit ans, Sophie sétait enfuie avec le premier venu, pour échapper à ce carcan. Un mariage raté, un divorce douloureux. Nathalie ne voulait pas cela pour Élodie.

Mais la laisser aller lui faisait peur. Le monde avait changé. Les nouvelles regorgeaient de drames : disparitions, mauvaises fréquentations. Élodie était si confiante, si naïve malgré son intelligence.

À huit heures, Nathalie sinquiéta. Trop tôt pour appeler, mais langoisse la gagnait. Et si elles étaient sorties ? Et si Élodie avait oublié de prévenir ?

À huit heures et demie, elle composa le numéro. Une voix masculine inconnue répondit.

Allô ?

Pardon, pourrais-je parler à Élodie ? Cest sa mère.

Quelle Élodie ? Il ny a personne de ce nom ici.

Nathalie sentit un froid la traverser.

Comment ça ? Camille est là ?

Camille ? Non. Vous êtes sûre du numéro ?

Tout à fait Excusez-moi. Nathalie raccrocha, les mains tremblantes.

Où était sa fille ? Avait-elle mal composé ? Non, ce numéro, elle le connaissait par cœur. Le père de Camille devait être rentré plus tôt, ignorant que sa fille recevait.

Ou peut-être étaient-elles sorties ? Mais Élodie avait promis dappeler en cas de changement !

Nathalie erra dans lappartement, scrutant par la fenêtre. Peut-être verrait-elle Élodie rentrer ?

À neuf heures, Élodie appela elle-même.

Maman, je rentre. Dans dix minutes.

Élodie ! Où étais-tu ? Jai appelé chez Camille, un homme a dit que personne nétait là !

Ah, cest son oncle Pierre. On est allées à la bibliothèque chercher des documents pour lexposé. Je tavais dit quon travaillait.

Pourquoi ne pas mavoir prévenue ?

Maman, ce nétait pas la lune ! La bibliothèque de quartier ! Où est le problème ?

Élodie, on avait convenu dun appel si les plans changeaient !

Ils nont pas changé, on a travaillé ! Juste pas à la maison ! Maman, je ne peux pas tappeler pour un rien !

Nathalie voulut protester, dire que ce nétait pas un rien, quelle avait eu peur, mais se retint. Pas de dispute ce soir.

À son retour, Élodie dîna en silence, répondant à peine.

Tout va bien chez Camille ? Ses parents sont rentrés ?

Son père. Sa mère demain.

Sur quoi porte votre exposé ?

La Seconde Guerre mondiale. Le siège de Leningrad.

Oh, un sujet passionnant ! Mon grand-père y était, tu sais. Il racontait

Maman, je suis fatiguée. Je peux aller me coucher ? coupa É

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– On se débrouille mieux sans tes conseils – lui a répondu sa fille avant de partir chez une amie
« Leurs enfants ont tout saccagé à notre mariage ! » – se plaignait mon amie Je n’ai pas été invitée au mariage d’Hélène, alors que nous étions plutôt proches. Je l’ai félicitée environ un mois plus tard, nous nous sommes retrouvées dans un café et je lui ai offert un cadeau. Bien sûr, je lui ai demandé de me raconter comment s’était déroulé le mariage et la réception, mais je l’ai vite regretté. Presque toute l’histoire de ce grand jour tournait autour des commentaires sur le comportement des enfants de la sœur de son mari, que celle-ci avait emmenés avec elle, même si tous les invités avaient été prévenus que les enfants devaient rester à la maison. Pour une raison quelconque, Hélène estimait que les enfants n’avaient pas leur place à la cérémonie. Mon amie avait soigneusement planifié son mariage, allant jusqu’à déterminer qui serait assis à quelle table. Elle avait donc organisé la fête de façon à ce que les enfants ne s’y intègrent pas du tout. Il faut savoir que la sœur du mari d’Hélène venait de divorcer, à peine quelques mois avant le mariage. En tant que mère de deux enfants, il devait être vraiment difficile pour elle de les laisser seuls longtemps. Leur grand-mère, la belle-mère d’Hélène, allait évidemment aussi au mariage, et engager une baby-sitter était à la fois coûteux et source de stress. Après tout, on ne sait jamais à qui on confie ses enfants. Avant le mariage, Hélène avait rencontré plusieurs fois sa future belle-sœur pour lui faire comprendre qu’il fallait trouver une solution pour les enfants. Mais elle n’a jamais précisé laquelle, et ne s’en est finalement pas souciée. Sa belle-sœur est donc venue avec ses enfants, qui d’après Hélène, se sont montrés turbulents dès la cérémonie. La belle-mère, voyant l’énervement d’Hélène, a tenté d’apaiser les choses et a rapidement négocié deux places supplémentaires avec le responsable du restaurant. Les autres invités ont mis leur grain de sel, certains de façon discrète, d’autres en demandant carrément à la jeune mariée : « Pourquoi tout le monde ne pouvait-il pas venir avec ses enfants ? » Bien sûr, ce genre de questions et d’allusions a déconcerté Hélène, qui a dû inventer des réponses pour calmer la grogne. Je pense qu’Hélène, malgré toute sa créativité, n’a pas pensé à faire venir un animateur pour les enfants ni à prévoir un buffet de desserts, histoire qu’ils puissent s’amuser sans gêner personne. Lorsqu’une mariée organise sa fête non seulement pour elle-même, mais aussi pour ceux qu’elle aime, il faut tenir compte de leurs besoins et de leurs possibilités. Je n’ai pas commenté l’indignation d’Hélène, pour ne pas envenimer notre relation, mais ma réaction lui a fait comprendre que je ne partageais pas vraiment ses préjugés contre la présence d’enfants au mariage.