Circonstances : une intrigue captivante au cœur de la vie française

La vie suivait son cours habituel : élever son fils, construire une maison, être auprès de lhomme quelle aimait. Cétait Élodie elle-même qui avait choisi Mathieu parmi tous les garçons, cétait lui qui lui avait touché le cœur. Quand Michou était revenu de larmée, ils sétaient mariés. Peu après, un fils était né, Baptiste. Quand lenfant eut grandi, Élodie commença à rêver dune petite fille.

Voilà, Mathieu, une fois la maison terminée, nous aurons une fille. Nous aurons notre foyer une vraie idylle familiale, disait-elle souvent.

Mathieu se contentait de sourire et de hocher la tête. Lui aussi était prêt à devenir père une seconde fois dès demain. Souvent, il portait son fils sur ses épaules et traversait le village fièrement, saluant chaque voisin.

Mais un jour, lhiver arriva. Les routes furent ensevelies sous la neige, les bourrasques soufflaient. Élodie regardait par la fenêtre, attendant le retour de son mari. Mais Mathieu ne revint jamais. Un accident tragique sétait produit sur son lieu de travail, et il avait péri.

Le temps guérit tout, lui répétaient les voisins. Tu nes pas la seule dans cette situation. Pleure un peu, et avec les années, tu verras, tu trouveras peut-être quelquun dautre.

Élodie les écoutait en silence, mais les larmes ne venaient plus, ce qui la rendait plus malheureuse encore. Une année passa ainsi. Les années 90 difficiles touchaient même les familles les plus solides. Dans le village, les salaires nétaient pas versés pendant des mois. Ceux qui possédaient une ferme et ne craignaient pas le travail manuel sen sortaient mieux.

Élodie ressentit vite le poids de ces temps. Son fils entra à lécole, et il fallait lhabiller, le nourrir. Cela signifiait cultiver entièrement le potager pour avoir de quoi vendre au marché à lautomne.

Elle travaillait dans le jardin jusquà tard. Ses mains devinrent rudes, son sourire disparut, et son âme sembla sendurcir.

Prends le seau, paresseux ! criait-elle à Sébastien quand il tentait de séchapper vers ses amis. Tu veux que je te laisse partir ? Tu as fini tes devoirs ?

Sébastien attrapait le seau en silence, mais dans sa tête, il se souvenait des jours où tout était bien avec son père, et où sa mère était joyeuse et tendre.

La nuit, Élodie pleurait souvent, se reprochant davoir crié sur son fils. Mais au matin, elle redevenait sombre et sévère.

Un samedi, ses amies, Fabienne et Lucie, vinrent la voir. Avant, elle navait pas damies, car Mathieu comblait tous ses besoins de compagnie. Mais maintenant, ces deux divorcées riaient souvent chez elle, prétextant venir « pour le thé ». Bien sûr, il ne sagissait pas que de thé.

Le matin commença comme dhabitude. Élodie se leva sans même se regarder dans le miroir. Elle savait que son visage était marqué par la fatigue. Elle nourrit le cochon, donna du grain aux poules, empila la vaisselle sale dans une bassine, et ordonna à Sébastien de se laver et de courir à lécole.

Le soir, elle nattendait personne, mais savait quun visiteur « habituel » pourrait passer. Elle restait indifférente à leurs promesses : sils venaient, tant mieux, sinon, linvitation ne serait pas renouvelée. Les hommes comprenaient vite. Ils voyaient son fils, échangeaient quelques mots et repartaient, murmurant « femme avec bagage ».

Élodie, tu vas tous les faire fuir, rigolait Fabienne. Tu es trop difficile. Ou alors cest ton lit le problème ? Tu devrais acheter un nouveau canapé ?

Oh oui, bien sûr, je vais courir acheter un canapé, soupira Élodie. Avec quel argent ? Si tu le veux, prends-le.

Bon, ne te fâche pas. Mets plutôt la table, tu as un invité.

Fabienne lagaçait parfois, mais Élodie posait quand même des cornichons sur la table sans un mot. En regardant la photo de mariage, elle soupirait profondément :

Pardon, Michou. Sans toi, cest dur.

Ils se valent tous, dit Fabienne, comme si elle lisait ses pensées. Allez, Élodie, à notre santé ! Nous sommes les meilleures !

Le lendemain matin, Élodie rangea les restes du repas et partit travailler.

Nina, la tante de son défunt mari, lui rendit visite.

Quest-ce que tu fais, Élodie ? On ne te reconnaît plus depuis Mathieu, dit-elle. Et ces amies elles ne taident pas.

Nina, vous venez me faire la morale ? Vous croyez que je suis une ratée ? Jai une maison, je gère la ferme, mon fils étudie, je vérifie ses devoirs Élodie sinterrompit brusquement, se souvenant quelle navait pas ouvert les cahiers de Sébastien depuis plus dune semaine. Récemment, elle avait croisé sa professeure, qui lavait invitée à lécole pour discuter.

Ne sachant quoi répondre, elle commença à ranger la vaisselle sale.

Tu étais si différente avant, continua Nina. Belle, travailleuse, gentille Laisse ces fêtes stupides.

Je ne fais pas la fête, protesta Élodie. Je parle juste avec des amies pour mévader. Je nai pas le droit de me détendre après le travail ?

Si, bien sûr, acquiesça Nina en soupirant.

Alors ne me faites pas la morale. Et de toute façon, ne vous mêlez pas de ce qui ne vous regarde pas. La porte est ouverte.

Nina, resserrant son foulard, sortit en silence.

Élodie soupira, le cœur lourd. Quelque chose la poussa à la rattraper sur le perron.

Nina, attendez, je vous donne des carottes, jen ai beaucoup cette année.

Ce nest pas nécessaire, ma chérie.

Sil vous plaît, cest sincère.

Nina, sage et expérimentée, sentit que cétait une manière silencieuse de sexcuser. Elle sarrêta.

Voilà un petit sac, dit Élodie en versant généreusement les carottes. Vous pouvez les porter ?

Oui, Élodie, merci.

Le vendredi soir, Élodie prépara des oignons et des carottes pour les vendre au marché.

« Au moins, jaurai quelques euros, parce que mes sous, je ne les vois plus », pensa-t-elle en rangeant ses affaires.

Où vas-tu avec ces sacs ? demanda sa voisine curieuse, Zoé.

Au marché, je vends des légumes.

Elle peina à porter les sacs jusquà larrêt de bus. Là, elle rencontra le vieux Marcel et Mado, qui attendaient aussi. Mais le bus narrivait pas.

Encore en panne, soupira Mado.

Finalement, Élodie décida de faire du stop. Une voiture sarrêta. Le conducteur, un homme légèrement plus âgé quelle, lui proposa de la conduire.

Je mappelle Élodie.

Moi, cest Yves.

Vous êtes chef sur un chantier ?

Plutôt contremaître.

Il laida à porter ses sacs au marché et ne prit que la moitié de largent.

Le reste ce soir. Je repasserai par ici.

Le soir, Yves la raccompagna chez elle.

Entre, prends au moins un thé.

Appelle-moi Yves, pas besoin de formalités.

Pendant quÉlodie préparait la table, Sébastien passa la tête.

Va dans ta chambre. Tu as fini tes devoirs ?

Yves sourit et aida le garçon avec ses maths.

Plus tard, il lui dit :

Si tu veux être avec moi, ces bouteilles que jai vues hier, ça ne doit plus exister.

Élodie resta immobile, la cuillère en suspens.

Cest une condition ?

Disons que oui. Je ne supporte pas cette odeur. Et toi, tu es bien mieux sans ça.

Elle voulut protester, mais quelque chose len empêcha.

Reviens ce soir.

Avant son retour, Fabienne passa.

Tu as tout jeté, Élodie ? Cest vrai ?

Oui. Il ny a plus rien.

Tu es folle ! Un tel gâchis !

Ce nétait pas un trésor, cétait du poison. Va-ten, Fabienne, je nai pas le temps.

Élodie nettoya, changea les draps, prépara un bon repas. Mais Yves ne vint pas.

Les promesses nengagent que ceux qui les écoutent, murmura-t-elle. Jai été naïve.

Puis, soudain, le bruit dun moteur. Yves apparut avec des provisions rares : saucisson, conserves, biscuits, beurre.

Cest pour toi et Baptiste.

Elle le regarda, émue.

Tu veux dîner ou aller au bain dabord ?

Le bain.

Alors quelle mettait la table, Élodie sentit une chaleur familière, comme autrefois avec Mathieu. Elle sourit en voyant la veste dYves accrochée.

« Sil est revenu aujourdhui, cest quil restera. Je veux quil reste. »

Nina, assise près de sa porte, sourit en voyant la voiture garée devant chez Élodie.

Tant mieux. Quils soient heureux. Ils sont jeunes, peut-être auront-ils un enfant. Élodie est redevenue elle-même : souriante, douce. Quelle profite de la vie, elle avance toujours. Lessentiel, cest de vivre.

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