Ce n’est pas son problème

**Pas son problème**

Dis à Théo de venir tout de suite ! sanglotait sa fille au téléphone. Les trois petits ont de la fièvre et sont insupportables. Je ne peux pas les emmener seuls chez le médecin. Quil vienne avec la voiture pour maider !

Valérie hocha la tête, même si Élodie ne pouvait pas la voir. Son cœur se serra dangoisse pour ses petits-enfants.

Je men occupe, ma chérie. Ne tinquiète pas, dit-elle dune voix apaisante, pour ne pas énerver davantage sa fille.

Elle raccrocha et resta immobile. Ses doigts tremblants cherchaient le numéro de son fils dans son répertoire. Trois enfants malades, Élodie seule, son mari au travail. La situation était critique.

Théo allait les aider, elle en était sûre

Première sonnerie. Deuxième. Enfin, il décrocha.

Maman, salut, lança-t-il dun ton pressé.
Mon chéri, cest une urgence, murmura Valérie en choisissant ses mots avec soin. Élodie vient dappeler. Les trois enfants sont malades, il faut les emmener chez le docteur. Son mari ne peut pas sabsenter. Tu pourrais les accompagner ? Ça ne devrait pas prendre longtemps.

Un silence tendu sinstalla. Valérie entendait la respiration de Théo et un fond sonore indistinct.

Maman, aujourdhui, cest impossible, soupira-t-il. Cest lanniversaire de Camille. On a réservé ce restaurant il y a deux semaines. Et chez Élodie, cest à lautre bout de Paris, avec les bouchons, on va rater la réservation. Désolé

Valérie serra son téléphone plus fort. Sa paume était moite. Il osait vraiment refuser ?

Théo, tu entends ce que tu dis ? Les enfants sont malades ! Tes neveux et nièces ! sexclama-t-elle, retenant un cri. Élodie ne peut pas gérer seule trois gamins grognons. Ils doivent voir un médecin !
Maman, je comprends, répondit-il dun ton plat. Mais on a des projets. Quelle prenne un taxi. Ou toi et papa, vous pourriez aider. Où est le problème ?

Valérie saffala sur une chaise, les jambes coupées. Elle nen croyait pas ses oreilles.

Papa est au travail ! cria-t-elle, perdant patience. Je ne peux pas moccuper seule de trois enfants malades ! Tu ne comprends vraiment pas ?
Je ne peux pas. Désolé, coupa Théo sèchement. Ce nest pas mon problème. Les enfants, cest la responsabilité dÉlodie. Quelle se débrouille.

Valérie suffoqua dindignation. Il osait dire ça ?

Comment ça, pas ton problème ? hurla-t-elle. Cest ta famille ! Ta sœur ! Tu ne peux pas aider une seule fois ?
Jai dit non. On doit partir, excuse-nous. Il raccrocha.

Les tonalités doccupation lui vrillèrent les tympans. Valérie fixa son écran, hébétée. Ses mains tremblaient. Elle rappela. Pas de réponse. Encore une fois. Silence.

Une colère brûlante montait en elle. Comment osait-il ? Elle composa le numéro de sa belle-fille. Peut-être que Camille le raisonnerait.

Allô, Valérie ? répondit Camille aussitôt.
Ma chérie, dit-elle en forçant un ton calme. Pourquoi ne demandes-tu pas à Théo daider ? Ce sont ses neveux et nièces ! Ils sont malades ! Élodie est dépassée ! Tu devrais comprendre, toi, une femme

Camille soupira. Sa voix était froide, détachée.

Valérie, les problèmes des enfants concernent leurs parents. Il y a des taxis, ou le SAMU. Ce ne sont plus des bébés. Élodie est adulte, elle sen sortira.

Valérie resta figée. Ces mots lui firent plus mal que le refus de Théo.

Camille, tu imagines emmener trois enfants malades et en crise dans un taxi ? sécria-t-elle, perdant contenance. Ils sont tout petits ! Elle ne peut pas gérer seule !
Ce sont ses enfants, Valérie, répliqua Camille avec indifférence. On avait prévu cette soirée depuis longtemps. On ne va pas la gâcher pour des problèmes qui ne nous concernent pas.

La stupeur fit place à une rage pure, dévorante.

Dans ce cas, ne comptez pas sur nous quand vous aurez des enfants ! cracha Valérie avant de raccrocher.

Les jours suivants passèrent dans un brouillard. Valérie nappela pas Théo. Son fils resta silencieux. Elle essayait de ne pas y penser, mais la rancœur la rongeait, nuit et jour.

Allongée dans le noir, elle ressassait cette maudite conversation. Comment avait-il pu agir ainsi ? Où avait-elle échoué en tant que mère ? Comment avait-elle élevé un être aussi égoïste ?

Son mari essaya den parler plusieurs fois, mais elle lévitait. Elle devait comprendre seule. Savoir où tout avait dérapé.

Le quatrième soir, elle ny tint plus. Elle partit chez Théo. Il fallait le regarder dans les yeux. Lui demander comment il avait pu trahir sa famille.

Camille ouvrit la porte, surprise, mais seffaça sans un mot. Valérie entra, gardant même son manteau.

Où est Théo ? demanda-t-elle sèchement.
Dans la chambre, fit Camille en désignant une porte.

Valérie la poussa dun geste brusque. Théo leva les yeux vers elle. Une lueur fugace traversa son regard, vite remplacée par une froideur impénétrable.

Maman ? Quest-ce quil y a ?
Comment as-tu pu ? cria-t-elle, si fort quil tressaillit. Tout ce quelle retenait depuis quatre jours explosait. Abandonner des enfants malades ? Ta sœur ? Je ne tai pas élevé pour être égoïste et sans cœur !

Théo se leva lentement. Son visage ne trahissait rien. Cette impassibilité lexaspéra encore plus.

Maman, tu aurais pu appeler un taxi, dit-il en haussant les épaules. Ou aller aider Élodie toi-même. Je ne suis pas obligé de tout lâcher dès quelle claque des doigts.

Il marqua une pause, la fixant droit dans les yeux.

Tu as oublié quÉlodie nous ignore depuis des mois ? Et ce quelle raconte sur nous, ajouta-t-il. Depuis quon a acheté cet appartement. Elle nous évite, ne répond plus au téléphone, fait la tête dans la rue Six mois que ça dure, et soudain, elle a besoin daide ?

Valérie resta bouche bée. Les mots lui restèrent coincés dans la gorge.

Cest juste que, bégaya-t-elle. Élodie vit dans un studio loué avec trois enfants. Tandis que vous, dans votre F3, sans enfants Bien sûr quelle est jalouse. Et pour le reste, je ne savais pas Quest-ce quelle raconte ?

Théo plissa les yeux. Camille, dans lencadrement de la porte, croisa les bras, inébranlable.

Beaucoup de choses. Des méchancetés sur Camille. Et pour lappartement, ça ne la regarde pas, dit-il dun ton glacial. On la acheté sans laide de personne. QuÉlodie règle ses problèmes toute seule.

Valérie avança dun pas, les poings serrés.

Tu dis nimporte quoi ! hurla-t-elle. Cest ta sœur ! Ta famille !
Non, maman, rétorqua Théo, élevant la voix. Ma famille, cest Camille. Élodie aurait dû réfléchir avant davoir trois enfants ! Personne ne ly a forcée ! Je ne vais pas tout annuler pour elle !

Valérie grim

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Ce n’est pas son problème
Ni avec toi, ni sans toi… — Ne jure jamais, ma chérie. Dans rien. On jure amour éternel et la vie nous offre une nouvelle passion à laquelle on ne peut résister. La vie, c’est l’imprévu… Alors aime, réjouis-toi, vis simplement, répétait Véronique, persuadée de transmettre les vraies vérités. — Un nouvel amour ? Maman, comment ça ? Pour moi, c’est trahir celui qu’on aime, s’étonna Anna devant sa mère. — Anna, oui, peut-être que c’est une trahison… Mais parfois, l’amour s’en va, impossible de le retenir. On redevient indifférent à celui qu’on adorait. Revenir en arrière, c’est arroser du sable dans le désert… Inutile. Et puis vient un nouveau sentiment, comme un courant. L’ancienne passion s’efface, la nouvelle coule. On ne sait pas pourquoi c’est venu, il y a juste cette étincelle. Une chimie qu’on ne contrôle pas… Comment expliquer le rouge ? Impossible. Les sentiments, c’est pareil, soupira Véronique. Anna regarda sa mère attentivement, persuadée qu’elle parlait d’elle-même, de son secret. — Tu dis des choses étranges, maman… Je vais essayer de comprendre, souffla Anna avant de quitter la pièce. — J’espère, murmura Véronique en étreignant sa fille. …Comment expliquer à sa fille et à soi-même qu’au fond, peu importe les années de mariage, les épreuves traversées ensemble, les enfants… Ça n’a plus d’importance. Vient cet autre. On se laisse happer par sa vie. On se demande alors comment on a pu vivre sans lui… Véronique, résignée, regardait par la fenêtre. Et maintenant ? Impossible d’oublier cet homme. Il était là, douloureux comme une écharde au cœur. Les psy n’y feraient rien. C’est l’amour… « Je n’y suis pour rien… Je ne cherchais personne. Édouard m’a trouvée. Il ne me lâchera pas, j’ai déjà voulu fuir, impossible… Ses caresses me font frissonner. Un signe du destin. » Véronique décida de ne rien dire à son mari. Elle ferait ses valises en cachette et partirait rejoindre Édouard dans une autre ville. Il l’appelait depuis longtemps. L’amour était prêt… Peut-être que son mari comprendra. Depuis six mois, Véronique collait son téléphone sous l’oreiller chaque soir, l’emmenait sous la douche, le gardait au creux de la main… Il comprendrait, il est intelligent… « Ma fille, elle, est droite. Elle s’est mariée, point final. Jamais un faux pas, fidèle comme l’aiguille suit son fil. Famille parfaite, un petit garçon, tout son amour pour lui. Bon, il n’est pas à son image, il est plutôt turbulent, mais la vie remettra les choses à leur place… » Véronique était enfin prête à partir. Pour toujours. Vers l’amour. Mais la vie décida autrement. Brutalement. Son mari tomba cloué par un AVC, aussi impuissant qu’un enfant. Avant, tous les malheurs, ils les affrontaient ensemble, à deux… Désormais, Véronique oscillait entre son amour et son devoir. Elle n’avait que le téléphone pour parler à Édouard. Venaient des moments d’amertume, où elle ne voulait plus ni amour ni passion… Sa vie chavirait. Son mari l’émeuvait, Édouard, elle ne pouvait l’oublier. L’amour pour lui grandissait encore… Anna, sa fille, voyant le désarroi de sa mère, déclara : — Maman, je m’occupe de papa. Vis ta vie… Véronique sanglota, étreignit Anna : — Merci, ma chérie… ma fille si sage. Le soir même, elle attendait le train à la gare. …Retrouvailles avec Édouard. Larmes, baisers avides, conversations sans fin. — Bonjour, mon amour, murmura Véronique, suspendue à son cou. — Véronique, que tu m’as manqué… répondit Édouard, lui baisant la main. La nuit fut magique, sans fond… Passion échevelée, retrouvailles gourmandes, frissons, insatiété… Les draps se souvenaient des soupirs… Où était le ciel ? Où était la terre ? Comme si c’était la dernière fois… Combien elle avait besoin de cette étreinte chancelante ! …Trois jours plus tard, Véronique veillait auprès du lit de son mari inerte, une main sur ses larmes…