Nous n’avons rien à te demander, mais tout à t’offrir

Il y a bien longtemps, dans un petit village des Alpes françaises, une mère et son fils vivaient une existence paisible.

Mon enfant, réfléchis avant qu’il ne soit trop tard ! Ce garçon ne te ressemble en rien ! Ta Adèle a dû l’avoir avec son ancien amant, et maintenant, elle veut te le faire élever ! J’en suis certaine !

Maman, assez ! Lucas est mon fils Pourquoi inventes-tu toujours des drames ? Je rentre à la maison.

Françoise avait élevé seule son fils, Julien. Entre eux régnait une harmonie sans faille : jamais il ne lavait contredite, toujours respectueux, brillant à l’école. Devenu ingénieur comme elle le souhaitait, il était temps quelle soccupe de sa vie sentimentale. Elle lui avait trouvé une fiancée, la douce Élodie, fille de son amie Claudine.

Julien et Élodie firent connaissance sur l’insistance de Françoise. Mais leur idylle, sans passion, séteignit rapidement. Puis Julien rencontra Camille. Ce fut un coup de foudre, une rencontre dâmes semblables. Ils se marièrent trois mois plus tard, au grand dam de Françoise. Six mois après, Camille donna naissance à Lucas. Tout aurait pu être parfait sans lhostilité de la belle-mère. À chaque visite, elle critiquait son fils, bien que quatre ans aient passé depuis les noces :

Regarde ce quelle a fait de toi ! Tu as toujours lair négligé

Maman, ce nest rien ! La chemise sest froissée au lavage.

Reste dîner, tu dois avoir faim. Ta femme ne ta sûrement rien préparé.

Camille cuisine très bien.

Je la connais ! Des plats tout prêts, des conserves Alors quÉlodie suit des cours de cuisine. Quel talent !

Julien endurait ces critiques sans les répéter à Camille. Mais un jour, la perfidie de Françoise porta ses fruits

Pourquoi Camille ne vient-elle jamais ? Toi seul te déplaces !

Comment veux-tu quelle vienne si tu la rabaisses sans cesse ?

Je ne critique quà bon escient ! Pendant que tu es là, elle doit retrouver cet Antoine, son ancien amant. Ce garçon lui ressemble

Ce soir-là, Julien semporta contre sa mère. Il rentra chez lui lesprit trouble.

Papa ! sécria Lucas en courant vers lui.

Mon garçon, raconte-moi ta journée.

Maman et moi sommes allés au parc. Nous avons croisé Monsieur Antoine. Il ma offert une brioche et un jus !

Un doute traversa Julien. Il interrogea Camille :

Pourquoi as-tu vu Antoine ?

C’était un hasard. Il nous a raccompagnés.

Et pourquoi lui ? Peut-être que Lucas

Julien, comment peux-tu dire ça ?

Cette nuit-là, ils se disputèrent violemment. Les conflits se multiplièrent jusquà ce que Camille, épuisée, parte avec Lucas chez ses parents.

Le divorce fut prononcé. Julien, persuadé que lenfant nétait pas le sien, paya la pension sans contestation. Françoise, triomphante, poussa son fils vers Élodie.

Ils se marièrent. Mais rapidement, Élodie devint exigeante :

Regarde les Durand, ils ont acheté une nouvelle voiture ! Et moi, je traîne dans cette vieille épave Es-tu un homme ou pas ?

Pendant quinze ans, Julien trima sur des chantiers tandis quÉlodie dépensait sans compter. Pas denfant elle voulait dabord «vivre sa vie». Françoise tenta de simposer, mais Élodie la rabroua.

Puis un appel bouleversa tout : Françoise, victime dun AVC, était à lhôpital. Élodie refusa net de sen occuper :

Place-la en maison de retraite.

Et si jarrêtais de travailler ?

Tu es fou ? Comment rembourserions-nous mes crédits ?

Françoise finit ses jours en établissement. Un mois plus tard, elle séteignit. Julien, revenu pour lenterrement, surprit Élodie avec un voisin Sans un mot, il partit sinstaller chez sa mère.

Seul, il ruminait ses erreurs. Pourquoi avait-il écouté sa mère ? Une vie gâchée, sans famille Il pensa à Camille, à Lucas. Était-il vraiment son fils ?

Maintenant, Lucas devait avoir dix-neuf ans

Le lendemain, Julien prit le train pour la Provence, où vivait Camille. Devant limmeuble, il aperçut un jeune homme son portrait, vingt ans en arrière.

Lucas Mon fils

Toi ? Quest-ce que tu veux ?

Je Je suis désolé. Où est ta mère ?

Elle est morte. Un accident, il y a dix ans.

Avec qui vis-tu ? Laisse-moi taider.

Ma grand-mère et moi navons besoin de rien.

Mais je

La porte claqua. Julien revint plusieurs fois, suppliant, mais Lucas refusa tout contact.

Un soir, sous la pluie, Julien pleura devant la porte close. Était-ce les larmes ou laverse ? Peu importe. Trop tard.

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Nous n’avons rien à te demander, mais tout à t’offrir
La maison de tous les conflits — Et en quoi cela concerne-t-il ma maison ? Tatie Claudine, qui venait déjà de sortir un bocal de cornichons et un morceau de fromage du réfrigérateur, se retourna. — Comment ça ? Tu vois bien : dans la petite chambre où je dors d’habitude, il y a des travaux ! Et là, mon fils, ma belle-fille et les trois petits-enfants sont là ! Je n’ai même pas de place pour les coucher ! Alors j’ai décidé : je viens ici, je passe la nuit, demain matin je repars, je règle les soucis avec l’équipe de travaux et, promis, tout va rentrer dans l’ordre ! *** Sophie fut tirée d’un rêve très agréable par un bruit sec venu du rez-de-chaussée. Elle sursauta, s’assit sur son lit et tendit l’oreille… — Mais qu’est-ce que… — chuchota-t-elle dans l’obscurité de la chambre, située à l’étage. Plus aucun bruit suspect, uniquement le tic-tac de l’horloge murale — autrefois apaisant, devenu soudain menaçant… « Sans doute une branche qui a cassé et est tombée sur le perron, pensa-t-elle, ou alors un vieux meuble qui s’effondre… La maison est ancienne. Je verrai ça demain matin. » Sophie se rallongea pour replonger dans son rêve… mais à peine s’assoupissait-elle qu’un nouveau bruit retentit en bas. Moins assourdissant que le premier, mais beaucoup plus inquiétant. Un frottement… Des pas. Quelqu’un marchait en bas. Et ce n’était sûrement pas le chat. La peur la tétanisa. Ce n’était pas un rêve. Des cambrioleurs. Dans SA maison. Et ça, c’était dans le meilleur des cas… Elle n’osait imaginer pire. Paniquée, Sophie sauta hors du lit. Le sol froid sous ses pieds la fit frissonner, mais sa sueur était due à la peur. Son regard se porta sur la table de nuit. Une vieille lampe en laiton, lourde, au pied massif, trônait là. Une vraie massue. Impossible de rater sa cible… Elle la saisit, puis, presque à quatre pattes, s’approcha silencieusement de la porte de la chambre. Elle entrouvrit la porte d’un millimètre. Le couloir était plongé dans le noir, mais la lumière du lampadaire extérieur traversait la fenêtre près du plafond, dessinant des ombres inquiétantes. Les pas s’arrêtèrent. Le cambrioleur (ou les cambrioleurs ?) s’immobilisait devant l’escalier, non loin de la cuisine. Sophie descendit sur la pointe des pieds. Collée au mur, elle prit une profonde inspiration, repensant à ces cours d’autodéfense abandonnés après une seule séance. C’était maintenant ou jamais. Elle fonça, lampe levée au dessus de la tête. — Je vais vous montrer ce que… ! hurla-t-elle, visant la silhouette dans l’obscurité, dos à elle, à la base de l’escalier. La silhouette n’eut même pas le temps de se retourner. Mais Sophie rata sa cible. Et, heureusement ! Car ce n’était pas un cambrioleur armé qui se trouvait là : c’était tatie Claudine. Sophie resta figée, bras pendants, puis, se ressaisissant, atteignit l’interrupteur. — Tatie Claudine ? Claudine serrait dans ses bras un sac en toile, les yeux écarquillés devant Sophie, affublée d’un t-shirt rigolo et d’un pantalon de pyjama. — Ma petite Sophie ! Oh Seigneur ! — tatie Claudine, la main sur le poignet pour contrôler son pouls, — Je suis en mode alerte ! Tu as failli m’assommer… Sophie expira comme elle ne l’avait plus fait depuis ses résultats du bac. — Tatie, j’ai cru que c’était des voleurs ! Pourquoi faire peur comme ça… Je viens de voir défiler ma vie en descendant. Elle posa le pied en laiton de la lampe sur une marche. — Toi tu as cru… et moi, imagine si tu m’avais vraiment frappée… — tremblait Claudine. — Mais comment êtes-vous entrée ? Claudine se souvint alors que c’était à elle de s’expliquer, pas de faire la morale. — Pardon, ma chérie, pardon. Je ne voulais pas te réveiller. Je croyais que tu dormirais bien. J’ai vraiment fait tout doucement… — Doucement ? — répéta Sophie. — On a entendu un beau vacarme pourtant. — C’est moi, j’ai fait tomber le porte-manteau dans le couloir. Après ça, je cherchais où poser mes sacs… — Vos sacs ? — Sophie jeta un œil dans le couloir — plusieurs sacs de courses y attendaient. — Mais pourquoi débarquer chez moi à trois heures du matin ? — Bon, « débarquer », c’est un grand mot… — protesta Claudine, — Je venais juste te rendre une petite visite. — Une visite ? Vous aviez gardé un jeu de clés ? — fit-elle le lien, un peu incrédule. Oups, Claudine s’était fait pincer. — Oh, c’est pas tout à fait… enfin, un peu… disons qu’en faisant du rangement, je suis tombée sur un autre trousseau ! Je l’avais complètement oublié ! Sophie s’adossa au mur. Elle ne savait plus rire ou pleurer. — Bien, — lâcha-t-elle sèchement, — vous avez retrouvé un trousseau. Mais pourquoi venir ici, si tard, sans prévenir ? Vous savez que j’ai peur du noir seule. En écoutant Sophie, Claudine fit le tour du salon, ouvrit toutes les portes. — Oh, comme c’est propre ici ! Tu es douée, ma Sophie. Mais tu vois, c’est la panique chez nous. — Quelle panique ? — demanda Sophie. Claudine entra dans la cuisine, visible depuis le salon, et ouvrit le réfrigérateur sans lumière. Le rayon du frigo éclairait sa silhouette penchée. — Tu sais, Antoine et sa femme sont arrivés à l’improviste ! Et les petits-enfants aussi… — En quoi c’est lié à ma maison ? Tatie Claudine, qui avait déjà récupéré le bocal de cornichons et le fromage, se retourna. — Tu sais bien : dans la pièce où je dors d’habitude, il y a les travaux ! Et là, toute la famille… Je n’ai même pas de place ! J’ai donc décidé de venir dormir ici, je repars demain matin, je règle ça avec les ouvriers… tout ira bien ! Il aurait vraiment fallu la sonner à la lampe. — Tatie Claudine… Je ne veux pas être désagréable, mais techniquement, cette maison est à moi maintenant. Claudine acheva son morceau de fromage, reposa le bocal, et interrogea Sophie du regard. — Et alors ? Tu ne vas pas accueillir ta tatie ? Dans la maison que je t’ai vendue pour pas cher, en plus ! On aurait dit qu’elle l’avait offerte, philanthropiquement. — Je vais vous accueillir, tatie, — céda Sophie, après cette nuit éprouvante, — mais c’est la première et dernière fois. Vous passez la nuit, demain vous repartez. Il fallut faire le lit en bas, sur le canapé neuf prévu pour les invités, mais encore jamais utilisé. Le matin, Claudine, découvrant à quel point Sophie avait emménagé, fouillait chaque tiroir. — Oh, mais c’est quoi ça ? Un nouveau blender ? Celui que je t’ai donné fonctionnait encore, tu disais qu’il était vieux ! Tu ne sais pas apprécier les bonnes choses. À midi, Sophie espérait voir Claudine plier bagage — mais elle n’en fit rien. — Ma Sophie, tu es vraiment gentille de ne pas m’avoir mise dehors ! Tu sais, j’ai réfléchi… À quoi donc ? — Vous avez réfléchi à quoi, tatie ? — Les travaux ne seront pas finis en un jour… L’équipe promettait mercredi, mais ils repoussent pour la troisième fois. Ils te disent une date, font autre chose… Et Antoine est là pour longtemps, il leur faut bien un logement ! — J’ai mes propres projets… — répondit Sophie. — Mais comment je gêne tes projets ? Je dors sur le canapé, comme hier. Je serai discrète comme une souris ! Tu ne sauras même pas que je suis là. — Je l’ai déjà remarqué ! — s’exclama Sophie. — Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal ? — demanda-t-elle d’un ton plaintif. Impossible pour Sophie de dire un « non » catégorique. Surtout à une tante. Surtout qu’elle demandait quelques jours, pas l’éternité. Et puis, cette maison avait été longtemps la sienne… — D’accord, — murmura Sophie, — mais seulement jusqu’à mercredi. Et pas d’autres invités. — Jusqu’à mercredi ! Promis, juré ! Mercredi arriva. Les travaux chez Claudine n’étaient pas finis. Une semaine passa. Sophie découvrit qu’elle vivait désormais dans une chambre d’hôtel où elle avait droit à la cuisine… seulement quand tatie Claudine avait fini d’y opérer. Et bien sûr, elle devait aussi assurer l’entretien. — Ma Sophie, tu n’aurais pas une autre serviette ? Celle-ci est sale. Tu la laveras, hein ? Sophie se sentait épuisée. Elle aurait aimé laver uniquement ses affaires, avoir la cuisine pour elle, passer du temps tranquille dans sa chambre. Elle se mit à fermer sa chambre à clé, ce qui provoquait les protestations indignées de Claudine. — Tu as peur que je te pique quelque chose ? Ou c’est quoi, cette manie ? — Je veux juste un peu de solitude… — Parce que je t’agace ? Oui ! Mais, à voix haute, Sophie répondit : — Non. Enfin, au bout de deux semaines, Antoine et sa famille partirent, emportant la moitié des provisions du congélateur. Sophie décida qu’il était temps de congédier ses hôtes. — Tatie Claudine, j’espère que ce soir, vous pourrez enfin dormir chez vous ? — Bien sûr, Sophie ! Mais ce n’était pas tout. — J’ai besoin que vous me rendiez les clés avant de partir. — Pourquoi mes clés ? — Elles ne sont plus à vous. Vous m’avez vendu cette maison. Elle est à moi. Les clés ne doivent appartenir qu’à moi. — Tu me mets à la porte ? — avec les yeux du Chat Potté. — Avec tout le respect possible, vous êtes une invitée. Les invités n’ont pas les clés. — Oh, Sophie, tu sais bien que j’ai vécu ici tant d’années… Je connais chaque recoin. — Je comprends vos sentiments, mais… C’est votre décision de vendre, pas de m’offrir. — Et alors ? Tu pourrais tout de même me laisser passer quelques jours ! Je ne m’installe pas définitivement ! — Tatie Claudine, vous êtes restée deux semaines, avez vidé mon frigo, dormi sur mon canapé, et voilà maintenant que vous ne voulez plus rendre les clés ! Ce n’est plus de l’hospitalité. — On aurait pu vivre ici toutes les deux… — suggéra-t-elle. — N’y pensez pas ! — s’emporta Sophie. Alors la tatie, vexée, sortit ses clés. — Voilà, prends-les. Je ne remettrai jamais plus les pieds ici ! — Au revoir, tatie Claudine. Le message était limpide : il était temps de partir. — Très bien. Ne m’appelle plus. Si tu ne veux plus me voir, à quoi ça sert de nous parler ? — ajouta-t-elle. — Comme vous voudrez. Impossible de se séparer paisiblement, tatie Claudine bougonnait en faisant ses bagages. Mais, une fois la porte refermée derrière elle, Sophie soupira de soulagement — sans aucun remord.