La chance sourit à tous

La chance sourit à tous
La vie dessine parfois des chemins si imprévisibles quon ne peut que sétonner, sans jamais avoir pu les deviner.

Juliette et Maxime sont mariés depuis près de dix ans. Ils saiment, élèvent leurs deux fils. Juliette, diplômée en pédagogie, enseignait autrefois lhistoire au collège. Mais à la naissance de leur plus jeune, Émile, elle a dû démissionner. Lenfant souffre de problèmes de santé, exigeant la présence constante de sa mère.

« Aujourdhui, jemmène Émile à lhôpital », annonça Juliette à son mari ce matin-là, tandis quil prenait son petit-déjeuner avant le travail. « Rendez-vous à onze heures. Tu peux nous y conduire ? »

« Bien sûr, répondit Maxime. Jai une réunion avec le patron, puis je dois me rendre à notre agence. Attends mon appel. »

« Tu pourrais aussi bien prendre le bus avec le petit, tu nes pas une princesse », grommela la belle-mère, Nina Andréïevna, les lèvres pincées.

Juliette se tut. Maxime, hochant la tête, saisit les clés de la voiture et sortit. Ils vivent dans lappartement de sa mère. Tout irait bien si cette dernière, fille de général, navait lhabitude de commander. Dans la famille, on sait que la contredire napporte que des ennuis. Juliette la appris à ses dépens lorsque Nina Andréïevna la remise à sa place, une fois pour toutes.

« Ici, cest moi qui décide », avait-elle déclaré sèchement en surprenant Juliette prête à préparer le déjeuner. « Je ne tolérerai pas une autre maîtresse dans ma cuisine. Ai-je été assez claire ? Je ne répéterai pas. »

Juliette comprit aussitôt. Nina Andréïevna, veuve jeune, avait refusé de laisser son fils séloigner delle. Doù cette cohabitation forcée.

On aurait pu croire quelle se réjouirait : un fils marié, des petits-enfants, une belle-fille docile. Mais ses gènes de général se manifestaient en amour exclusif pour son fils et ses petits, tandis que Juliette comptait à peine.

« Ne touche à rien ici Tu ne sais ni laver, ni cuisiner, tu toccupes mal de mon fils et de mes petits. » Pourtant, Juliette faisait tout avec soin, époussetant chaque latte du parquet.

Rien ny faisait. Les critiques sintensifièrent après la naissance dÉmile, fragile. Juliette pleurait en secret, se confiant parfois à Maxime.

« Max, je respecte ta mère, mais vivre séparément serait mieux. »

« Qua-t-elle donc fait ? La maison est impeccable, les enfants nourris. Tu ne travailles plus, tu pourrais ten occuper toi-même. Au lieu de la remercier, tu râles comme une vieille », rétorqua-t-il.

« Tu ignores à quel point je voudrais moccuper de tout moi-même, mais Nina Andréïevna »

« Nous navons pas les moyens dun logement. Cest moi seul qui travaille. »

Ces discussions naboutissaient jamais. Juliette se résigna.

« Juliette, descends avec Émile, je tattends », appela Maxime plus tard.

« Nina Andréïevna, puis-je faire des courses après lhôpital ? »

« Certainement pas. Jachèterai ce quil faut. Tu ny connais rien », rétorqua la belle-mère, détournant les yeux.

« Mon Dieu, lui plaire une seule fois », songea Juliette. « Max ne voit rien, nécoute que sa chère maman. »

Après lhôpital, ils se promenèrent au parc, mangèrent une glace. Émile, six ans, irait à lécole lan prochain. Le médecin lavait rassurée :

« Tout va bien. Émile intégrera une école normale. Bravo pour vos soins. »

« Merci, docteur. Vos mots valent de lor. »

Rentrés heureux, Juliette savait que Nina Andréïevna nen tiendrait pas compte.

« Comment sest passé la visite ? » demanda la grand-mère.

« Très bien ! Le docteur a dit que jétais sage et que maman soccupait bien de moi », sexclama Émile.

« Bien sûr, il a félicité ta mère. Sans moi »

En mars, Nina Andréïevna fêterait ses soixante ans. Maxime proposa un restaurant. Juliette doutait :

« Elle ne sera jamais contente. »

« Maman, nous célébrerons ton anniversaire au restaurant », annonça Maxime la veille.

Contre toute attente, elle accepta sans protester.

Au restaurant, la table était joyeuse, sauf Nina Andréïevna.

« Tu nous ruines, Maxime. Et toi, Juliette, une vraie épouse laurait dissuadé. »

Juliette se tut. Un homme à une table voisine les observait. Maxime sirrita :

« Pourquoi nous regarde-t-il ? »

Lhomme sapprocha.

« Puis-je vous inviter à danser ? »

Nina Andréïevna, souriante, accepta. Ils dansèrent toute la soirée.

« Voici Vadim Romanovitch. Nous étions camarades de classe. »

Le soir, elle annonça :

« Ne mattendez pas. »

Elle ne rentra pas. Le lendemain, elle apparut avec Vadim.

« Je viens chercher mes affaires. Nous partons ensemble. »

Ils se marièrent peu après. Juliette, enfin maîtresse chez elle, cuisinait, rangeait.

« Je ne savais pas que tu cuisinais si bien ! » sémerveilla Maxime.

« Je te lavais dit. »

Nina Andréïevna leur rendait visite, complimentant Juliette :

« Une seule maîtresse par maison. Tu es parfaite, ma fille. »

Juliette et Maxime échangeaient un sourire complice.

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La chance sourit à tous
Laisse-le tranquille — Ma chère, des filles comme toi, il en a dix à la douzaine, — lança sèchement une inconnue, soutenant le regard de Véronique. Laisse-moi deviner : tu rêves déjà du mariage, non ? Désolée de te décevoir — il n’y aura pas de mariage… Lâche Maxime et ne te mets plus jamais en travers de mon chemin, sinon tu le regretteras. Je te le promets ! *** Véronique est née et a grandi à Paris ; ses parents, très investis dans l’avenir de leurs deux filles, ont offert un appartement à chacune pour leur majorité. Pour elle, ses parents avaient fait leur devoir : des études, un bon départ, et désormais, elle voulait réussir seule. Véronique a travaillé dès son entrée à la fac et n’a plus jamais demandé d’argent à ses parents. Cette autonomie précoce l’a forcée à grandir vite : ses parents ignoraient la moitié de ce qui se passait dans sa vie. Quand elle rencontre Maxime, elle hésite à le présenter à la famille — elle préfère attendre. Depuis deux ans, un malaise s’était installé entre Véronique et sa mère, Chantal. Retraitée, celle-ci voulait désespérément être grand-mère et ne cessait de relancer sa fille : — Ma chérie, ta sœur Julie a déjà un enfant… Et toi, c’est pour quand ? Mais pour Véronique, le mariage précipité de sa sœur aînée — à 19 ans, un bébé tout de suite, et les études sacrifiées — n’était pas un exemple. Julie était devenue une mère au foyer sans passions, et Véronique avait d’autres projets : elle voulait épouser l’homme de sa vie vers trente ans, un enfant à trente-cinq, avec une stabilité financière solide. Sa mère ne comprenait pas : — Ta logique n’est pas la bonne, voyons ! C’est à l’homme d’assurer, trouve-en un bon, marie-toi, fais un enfant, et basta ! Véronique répliquait toujours — elle ne voulait dépendre de personne, comme le faisait sa sœur avec son mari, Serge, qui vivait dans son appartement et faisait la loi. Mais Chantal insistait : « Tout le monde fait comme ça ! Nous aussi, avec ton père ! » Véronique, elle, voulait attendre de tomber amoureuse et de fonder une famille avec la bonne personne. *** Maxime arrive dans sa vie pile au bon moment, peu avant ses trente ans. Il correspond à ses attentes : galant, drôle, ouvert, il ne veut ni soumission ni dépendance, et fait preuve d’un vrai respect. Véronique décide d’y aller doucement. Pendant près d’un an, ils sortent ensemble sans parler mariage. Jusqu’à ce que sa copine Viola éveille ses doutes : — Tu es sérieuse qu’il t’aime ? Le mien m’a proposé après trois mois… Le tien se cache : tu connais ses amis ? Sa famille ? Il n’a pas quelqu’un d’autre, officiellement ? Véronique se pose des questions : pourquoi n’avance-t-il pas ? Leurs rencontres se passent presque toujours chez elle, il reste rarement dormir, et elle n’est jamais invitée chez lui. Elle lui propose de rencontrer leurs familles respectives. Maxime esquive, puis finit par lui proposer de d’abord rencontrer ses amis à la campagne. Véronique accepte : tout se passe bien… mais elle remarque que tous ses amis sont célibataires, pas une alliance dans ce groupe d’hommes mûrs. Maxime en rit et accepte d’aller rencontrer les parents de Véronique. Le contact est excellent. Elle apprend même que Maxime a, à trente-quatre ans, une belle situation et un appartement place de la République. Ça y est, pense-t-elle, la prochaine étape sera de rencontrer les parents de Maxime, et après, peut-être… le mariage ! *** Mais le lendemain, tout s’écroule. Un soir, alors que Maxime lui annonce une réunion tardive, on sonne à la porte. Véronique ouvre à une superbe brune inconnue : — Bonsoir, puis-je entrer ? Il faut que je vous parle. La femme entre et, d’un ton tranchant, déclare : — C’est toi que je cherchais. Je voulais voir l’allure de la femme qui s’invite sans gêne dans la vie d’autrui en essayant de voler un père à deux enfants. Le cœur de Véronique s’arrête. Elle a compris. L’inconnue poursuit : — Je laisse d’habitude un peu de latitude à mon mari. Seize ans de mariage, tu penses bien, la routine… D’habitude, elles ne tiennent jamais plus de quelques mois, mais avec toi, ça dure. J’ai dû engager un détective pour savoir avec qui mon mari passait son temps libre. Je te demande de laisser mon époux tranquille ! Tout ce que Maxime possède, il le doit à mon père, qui dirige le cabinet où il travaille. Réfléchis-y : tu n’as rien à gagner, à part des ennuis. Après son départ, Véronique fond en larmes et appelle Maxime : — Tu es marié ! Tu as deux enfants ! Pourquoi m’avoir menti tout ce temps ? Ta femme m’a tout raconté ! — On en reparlera, j’suis occupé… — répond Maxime avant de raccrocher. Véronique ne le revoit jamais. Il change de numéro, elle tente de l’appeler en vain. Elle traverse cette rupture comme une épreuve terrible. Elle ment à ses parents en leur disant qu’elle a mis fin à la relation parce qu’ils étaient incompatibles. Ce n’est qu’un an et demi plus tard qu’elle redevient prête à aimer, enfin.