Tu n’as jamais été à ta place dans cette famille» murmura ma belle-mère en me suivant du regard

« Tu as toujours été de trop dans cette famille », chuchota ma belle-mère en me suivant du regard.

« Marguerite, jai préparé de la compote, vous en voulez peut-être ? » proposa doucement Élodie, passant la tête dans le salon où sa belle-mère brodait une nouvelle nappe.

La femme ne leva même pas les yeux de son ouvrage.

« Je nai pas besoin de ta compote. Jai du diabète, tu as oublié ? Ou alors tu ten moques ? »

Élodie soupira et séloigna. Elle savait pertinemment que Marguerite navait pas de diabète. Cétait juste une nouvelle pique pour lui rappeler quelle ne comprenait rien à cette maison où elle vivait pourtant depuis sept ans.

« Maman, pas encore » entendit-elle la voix de son mari dans le couloir. « Élodie fait de son mieux, elle cuisine »

« De son mieux ! » ricana la belle-mère. « Elle oublie le sel dans la soupe, tes chemises jaunissent à cause de son repassage, et la poussière saccumule partout. »

Élodie sassit sur le tabouret près de la cuisinière, fixant la casserole de compote. Sept ans que cela durait. Chaque jour, il y avait quelque chose à redire. Tantôt la soupe était trop salée, tantôt pas assez. Tantôt le sol était mal lavé, tantôt le lit mal fait.

« Antoine va rentrer, dit-elle en entrant dans le salon avec un plateau. Si on dînait ensemble ? »

Marguerite posa sa broderie et la regarda avec cette expression quÉlodie avait appris à décrypter : du mépris mêlé de pitié.

« Je dînerai dans ma chambre. Je nai pas envie de te voir gaver mon fils avec tes plats. »

La porte claqua. Élodie resta seule, le plateau à la main et une boule dans la gorge.

Antoine rentra tard, épuisé, à peine un bonjour en passant. Il sassit à table et mangea mécaniquement, les yeux rivés sur son téléphone.

« Comment sest passée ta journée ? » demanda Élodie en sasseyant face à lui.

« Normale », grogna-t-il sans lever les yeux.

« Antoine, il faut quon parle. »

Il leva enfin le regard, lair agacé.

« Encore à propos de maman ? Élodie, ça ne va pas sarrêter ? Elle est âgée, fragile, elle a droit à son opinion. »

« Fragile ? Elle a juste un peu de tension ! Mais chaque jour »

« Chaque jour quoi ? » Antoine reposa sa cuillère. « Elle vit dans son propre appartement ? Elle exprime son mécontentement ? Cest chez elle, Élodie ! »

« Chez moi aussi ! Je suis ta femme, pas la bonne ! »

« Personne ne toblige à faire le ménage ou la cuisine. Maman a toujours tout fait seule. »

Élodie se tut. Inutile. Antoine ne comprendrait jamais ce que cétait de marcher sur des œufs chaque jour, davoir peur de dire un mot de trop, de se sentir étrangère chez soi.

Après le dîner, elle alla dans la salle de bains, contemplant son reflet. Trente-deux ans, mais elle en paraissait quarante. Les yeux fatigués, la bouche tirée. Quand avait-elle vieilli ainsi ?

Elle se souvint de lépoque où elle avait rencontré Antoine. Joyeuse, pleine de rires et de projets. Elle croyait épouser un prince charmant. Beau, élégant, avec un bon travail. Et sa mère, si cultivée, professeure de français à la retraite.

« Élodie, disait Marguerite à lépoque, je suis si contente quAntoine tait trouvée. Il a besoin dune femme pour soccuper de lui. »

Et Élodie sétait donnée à fond. Elle avait appris à cuisiner ses plats préférés, repassait ses chemises comme sa belle-mère le lui montrait, suivait un emploi du temps domestique établi en silence par Marguerite.

La première année avait été plutôt calme. Les remarques étaient douces, accompagnées dun sourire. « Tu apprendras, ma chérie. » Mais peu à peu, le ton avait changé. Les critiques sétaient faites plus dures, les exigences plus fortes.

« La belle-fille de mon amie Jacqueline est si dévouée ! soupirait Marguerite lors du thé. Tout brille chez elle, ses plats sont délicieux, et surtout, elle respecte ses aînés. »

« Marguerite, quest-ce que je fais mal ? » osa un jour demander Élodie.

La belle-mère leva un sourcil surpris.

« Rien de particulier. Cest juste ton éducation, tu ne peux rien y changer. Chez toi, cétait sans doute plus simple, moins exigeant. »

Élodie navait rien répondu, hochant juste la tête. Puis elle avait pleuré. Chez elle, justement, les exigences étaient strictes. Sa mère lui répétait : « Sois digne avec tes invités, tiens ta maison propre, respecte ton mari. » Mais chez Marguerite, cétait différent.

Antoine la défendait encore au début, contredisait sa mère. Mais avec le temps, cétait devenu plus difficile. Surtout quand Marguerite avait commencé à se plaindre de sa santé.

« Mon fils, mon cœur souffre à cause de tout ça, chuchotait-elle quand elle croyait Élodie hors de portée. Je voulais tant que tu sois heureux, mais cest linverse. »

« Maman, quel rapport avec Élodie ? »

« Elle ne maccepte pas. Je sens quelle ne maime pas. Pourtant, je voulais être comme une mère pour elle. »

Élodie entendait ces mots et ne comprenait pas. Quand avait-elle montré du rejet ? Elle cuisinait, nettoyait, soignait Marguerite quand elle était malade, courait à la pharmacie.

« Antoine, je fais pourtant de mon mieux ! » tentait-elle dexpliquer.

« Tu fais, oui. Mais maman sent que ce nest pas sincère. »

« Pas sincère ? »

« Tu agis par obligation, sans cœur. Elle le sent. »

Alors Élodie essaya de tout faire avec cœur. Elle sintéressa vraiment à sa belle-mère, lécouta parler de son passé, admira ses récits denseignement. Mais même ça nalla pas.

« Tu es trop envahissante, remarqua Marguerite. Ton attention mépuise. »

Élodie se retira, soccupa moins delle, plus de la maison. Et aussitôt, elle entendit :

« Tu te détaches de nous. Tu te crois supérieure, cest ça ? »

Un cercle vicieux. Quoi quelle fasse, cétait mal.

Le pire, cest quAntoine commença à donner raison à sa mère. Dabord en hochant timidement la tête, puis ouvertement.

« Maman a raison, Élodie. Tu es devenue froide. Avant, tu étais différente. »

« Avant, je ne savais pas ce que cétait de vivre chez des étrangers. »

« Chez qui ? Cest chez nous ! »

« Chez nous ? Pourquoi je ne peux même pas déplacer une chaise sans la permission de ta mère ? »

« Parce que cest elle la maîtresse ici ! Elle y a passé sa vie, construit ce foyer ! »

Après cette dispute, les choses empirèrent. Antoine rentrait tard, grognon ou muet. Marguerite ne cachait plus son mépris.

« Voilà ce que tu as fait de mon fils, disait-elle quand il partait. Il était joyeux, plein de vie, maintenant, il est sombre. »

« Et si ce nétait pas de ma faute ? » osa répliquer Élodie.

« De qui alors ? De moi, peut-être ? Je suis responsable de ne plus avoir de paix chez moi ? »

Élodie chercha du réconfort auprès de ses amies, mais elles haussèrent les épaules.

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Tu n’as jamais été à ta place dans cette famille» murmura ma belle-mère en me suivant du regard
« Rien ne roule pour moi », répondit Hélène. « Mon beau-père passe son temps à me gronder. » — Alors, comment tu t’appelles, ma jolie ? demanda l’inconnu en s’accroupissant à côté de la petite fille. — Hélène ! répondit-elle. Et toi ? — Je suis Charles, ta maman et moi allons vivre ensemble. Désormais, nous formons une famille : toi, ta maman et moi ! Bientôt, Hélène et sa maman ont emménagé chez Charles. Le beau-père avait un grand appartement de trois pièces, où Hélène a eu sa propre chambre. Charles était gentil, achetait des bonbons et des jouets à la fillette, alors que son père ne l’appelait que pour se disputer avec sa mère. Puis la mère a annoncé à Hélène que son père avait refait sa vie et déménagé. La petite fille en a été blessée car elle l’aimait. Sa mère pouvait lui crier dessus ou la corriger, mais son père ne l’avait jamais fait. Hélène se souvenait parfaitement qu’au moment du divorce, sa mère criait sur son père, avait même voulu le frapper. Elle n’a jamais oublié la phrase lancée par sa mère à son père au moment de partir : — Ne crois pas que tu as été le premier à me tromper, tu portes les cornes depuis longtemps ! Ensuite sa mère a fait les valises et elles sont allées chez sa grand-mère. Hélène n’arrivait pas à comprendre comment son père pouvait avoir des cornes puisqu’il était chauve. Sa mère et son père se sont définitivement séparés. Avec Charles, tout allait bien jusqu’à l’entrée au CP d’Hélène. Elle n’aimait pas l’école, se montrait turbulente, si bien que ses parents étaient souvent convoqués ; parfois, Charles devait s’y rendre à la place de sa mère. Le beau-père prenait à cœur l’éducation de sa belle-fille et l’aidait souvent à faire ses devoirs. — Tu n’es rien pour moi, donc tu n’as pas à me donner d’ordre ! répétait Hélène, reprenant ce qu’elle avait entendu de sa grand-mère. — En réalité, je suis ton père, puisqu’il n’y a que moi qui te nourrit et t’habille, répondit Charles. Quand Hélène eut dix ans, son père est revenu en ville. Elle savait alors ce que signifiait « porter les cornes ». « Sa seconde femme a dû le tromper aussi, voilà pourquoi il l’a quittée », disait sa mère. Son père demanda à la revoir et sa mère accepta. Hélène était heureuse de retrouver son père. — Comment vas-tu ? demanda-t-il. — Pas très bien, répondit Hélène. Mon beau-père ne cesse de me gronder. — Il n’est rien pour toi, quel droit a-t-il de te crier dessus ? s’énerva son père. — Même mamie le dit, mais ça ne lui fait rien, dit Hélène, exagérant car Charles n’avait jamais élevé la voix sur elle. Elle voulait juste que son père se soucie d’elle. — Ne t’inquiète pas, je m’en occuperai, répondit son père. En se promenant au parc, ils apprirent qu’il fallait être accompagné d’un adulte pour certaines activités. Hélène dit à son père que son anniversaire approchait et qu’elle rêvait d’un nouveau smartphone. Quand sa mère vient la chercher, elle précisa à son ex-mari que Charles ne criait jamais sur la fillette, mais il refusa de l’entendre. — Mon père est un vrai radin ! dit Hélène à Charles. Il ne m’a rien acheté au parc, juste une glace. On a simplement marché, c’est tout. Charles, tu es mieux que mon vrai père. — Réparons l’erreur de ton papa et passons le week-end au centre de loisirs pour enfants ! Mais l’excursion fut compromise : Charles eut une urgence au travail et ignora les allusions concernant le nouveau smartphone. — Papa, Charles m’a menti ! pleura Hélène. Il a promis le centre de loisirs pour le week-end, puis m’a dit que je ne le méritais pas, ni le nouveau smartphone. C’était faux, mais le père se laissa prendre et acheta le téléphone désiré, dans une version économique faute de mieux. — Tu n’aurais pas pu attendre ton anniversaire ? demanda Charles. — J’aimerais avoir un chien ! répondit la fillette. — Ah non, un chien, il faut sortir le promener, tu vas sûrement rechigner comme d’habitude ! rétorqua le beau-père. Après ces mots, Hélène fit une crise et appela son père en pleurant : — Papa, s’il te plaît, viens me chercher ! Charles me réprimande tout le temps. Tout le monde s’est alors disputé, et Hélène a été envoyée chez sa grand-mère. Plus tard, sa mère l’a rejointe avec leurs affaires, lui annonçant leur séparation avec Charles. Son père est retourné auprès de sa femme, qui attendait un bébé. Hélène n’aura ni nouveau smartphone, ni chien, et sa grand-mère ne voudra même pas d’un chat !