Ce n’est pas ton mari», murmura son ex en lui tendant une photo de la maternité

Il nest pas ton mari, lui lança son ex en lui tendant une photo de la maternité.

Valentine poussa la photo vers Marine avec un regard dur. « Regarde bien le bébé, Marine. Regarde-le attentivement. »

Marine sursauta, faillit lâcher sa tasse de café. Elles étaient attablées dans un petit café près du marché central, celui-là même où elles se retrouvaient autrefois à trois : elle, Val et Hugo. À lépoque, tout était simple : des amies denfance, un cercle damis commun, pas de secrets.

« Quest-ce que tu racontes, Val ? Quel bébé ? » Marine essayait de garder son calme, mais sa voix tremblait.

« Le mien. Celui dHugo. » Valentine posa la photo sur la table. « Il est né il y a trois semaines. Tu veux savoir pourquoi jai gardé le silence tous ces mois ? »

Marine ne voulait pas prendre la photo, mais sa main se tendit malgré elle. Un petit visage fripé, des yeux fermés, des cheveux foncés. Un nouveau-né comme tant dautres. Rien dextraordinaire. Pourtant, quelque chose dans ses traits lui serra le cœur.

« Je ne comprends pas où tu veux en venir »

« À ceci : ton précieux Hugo ma menée en bateau pendant six mois. Il mavait promis de divorcer, juré quil naimait que moi. Et puis il a disparu dès quil a su que jétais enceinte. » Valentine parlait bas, mais sa voix vibrait de colère rentrée. « Dabord il a arrêté de répondre au téléphone, ensuite il a changé de numéro. Et toi, tu nas rien remarqué, hein ? »

Marine reposa la photo comme si elle brûlait. Sa gorge était sèche, les mots refusaient de sortir.

« Tu mens. Hugo ne ferait pas ça On essaie davoir un enfant, jai même fait des examens »

« Vous essayez ? » Val eut un rire amer. « Il ta dit que moi, cétait un accident ? Quil ne mavait jamais aimée ? Mais quand il a fallu assumer, ton mari parfait a préféré faire comme si rien ne sétait passé. »

Marine se leva dun coup, renversant sa chaise. Les clients du café tournèrent la tête, mais elle sen fichait. Elle voulait fuir, ne plus entendre ces mots, ne plus voir cette photo, ne plus sentir son monde sécrouler.

« Tu pars ? » lappela Valentine. « On na pas fini. »

« Je nai rien à te dire. Si tu as un problème avec le père de ton enfant, débrouille-toi. Hugo est mon mari, et je lui fais confiance. »

« Vraiment ? » Val se leva à son tour. « Alors demande-lui où il était le 8 mars lannée dernière. Cest ce jour-là quon a Ou demande-lui pourquoi mon numéro est enregistré sous «Serge du garage» dans son téléphone. »

Marine simmobilisa sur le pas de la porte. Le 8 mars. Lannée dernière, Hugo avait disparu toute la journée, prétextant une urgence au travail. Il était rentré tard, épuisé, avec des fleurs et des excuses jusquau matin. Elle y avait cru, sans douter une seconde.

« Tu nous as espionnés ? »

« Je laimais, Marine. Comme toi maintenant. Peut-être plus, parce quil était interdit. Un mari, ma meilleure amie Tu sais à quel point cest excitant ? Tu sais comment il devient passionné quand il risque tout ? »

Marine sortit sans répondre. Val ne la suivit pas, et tant mieux. Un peu plus, et elle laurait giflée. Ou peut-être pas. Peut-être que Val disait la vérité, et que toutes ces années damitié, de confidences, nétaient quune mascarade.

À la maison, Hugo pianotait sur son ordinateur dans la cuisine. En la voyant, il sourit et lembrassa sur la joue.

« Ça va ? Tu étais où ? »

« Avec Val. » Marine guettait sa réaction.

Hugo ne broncha pas, continua à taper.

« Ah bon ? Elle va bien ? Toujours dans son institut de beauté ? »

« Elle a accouché. Un garçon. » Marine sortit la photo et la posa près de lordinateur.

Cette fois, Hugo se figea. Ses doigts restèrent en suspens au-dessus du clavier, son regard rivé sur limage. Le silence dura trop longtemps pour un innocent.

« Et alors ? » finit-il par dire, mais sa voix manquait dassurance.

« Elle dit que tu es le père. »

Hugo ferma son ordinateur, saffala contre le dossier de sa chaise. Il se frotta le visage, soupira lourdement.

« Marine, je peux tout texpliquer »

« Donc cest vrai ? » Les jambes de Marine flanchèrent. « Tu as couché avec ma meilleure amie ? »

« Ce nétait pas comme ça. Pas exactement comme elle te la raconté. »

« Alors comment, Hugo ? Comment cétait ? »

Il se leva, fit quelques pas, sarrêta face à la fenêtre.

« On sétait disputés, tu te souviens ? Tu es partie chez ta mère une semaine, tu as dit que tu devais réfléchir à notre couple. Je suis resté seul, en colère. Val est venue pour soi-disant nous réconcilier, elle a apporté du vin, elle ma consolé »

« Et tu tes consolé dans notre lit ? »

« Non ! » Hugo se retourna brusquement. « Jamais dans notre lit. Chez elle, une seule fois, par accident. Jétais ivre, elle aussi. Le lendemain, on a compris notre erreur et on a décidé doublier. »

« Une seule fois ? » Marine regarda la photo. « Et puis encore une, et encore, pendant six mois ? »

Hugo baissa la tête. Son silence en disait plus que des mots.

« Je voulais rompre. Je te jure, Marine, je voulais. Mais elle elle savait me retenir. Tantôt elle menaçait de tout te dire, tantôt elle pleurait en disant quelle maimait à en mourir. Et puis elle est tombée enceinte. »

« Et tu as fui. »

« Jai paniqué. Tu comprends ? Je taime, toi. Notre famille, nos projets. Je voulais que tout ça disparaisse comme un mauvais rêve. »

Marine prit la photo, étudia le visage du bébé. Peu à peu, elle y reconnut des traits familiers : la forme du nez, les yeux, une expression quelle connaissait trop bien.

« Il te ressemble », murmura-t-elle.

« Marine, pardonne-moi. Je suis un con, un salaud, appelle-moi comme tu veux, mais je naime que toi. Ça na été quune faiblesse, un égarement. »

« Six mois dégarement ? »

« Je vais tout arranger. Je paierai la pension, je reconnaîtrai lenfant, tout. Ne me quitte pas, je ten supplie. On voulait des enfants, on voulait être heureux. »

Marine se leva, sapprocha de lui. Plongea son regard dans le sien, où elle lut le remords, la peur, la supplication.

« Tu sais ce quil y a de pire, Hugo ? Ce nest pas que tu maies trompée. Ni que tu aies un enfant avec une autre. Le pire, cest que je tai cru, à lépoque. Jai cru toutes tes explications. Et tu mas menti en face chaque jour. »

« Je ne voulais pas te faire mal »

« Tu ne voulais pas assumer. Ce nest pas la même chose. »

Marine prit son sac, se dirigea vers la sortie.

« Tu vas où ? »

« Chez ma mère.

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Ce n’est pas ton mari», murmura son ex en lui tendant une photo de la maternité
Alors, ce sont «ces voyages d’affaires», hein… — Je ne peux pas t’épouser. C’est bien ce que tu attends, non ? Comment elle n’est pas tombée dans les pommes sur le coup, même Marie n’en revenait pas. Les fameux «coups de tonnerre dans un ciel bleu» et «coups de poignard en plein cœur» paraissaient bien fades à côté de ce qu’elle venait de ressentir. Elle n’avait aucune idée que l’homme qu’elle aimait était marié ! Oui, il partait régulièrement en «déplacements professionnels», mais après tout, c’était à cause de son boulot… À seize ans, Marie avait quitté son village natal pour ne plus jamais y revenir. Sa mère, Olga Sergeïevna, usée par la vie et son travail dur dans une volaillerie locale, n’avait pas vu d’inconvénient à ce départ. Qu’aurait-elle bien pu faire ici de toute façon ? Se tuer au travail sans jamais voir la lumière du jour ? Les premières années en ville, sa mère l’aidait du mieux qu’elle pouvait. Une fois diplômée du lycée professionnel, Marie réussit à subvenir à ses besoins en décrochant un poste dans une PME de logistique. C’est à ce moment-là qu’un coup du destin l’attendait : une grande-tante qu’elle n’avait jamais vue laissa en héritage à sa mère un petit T2 à Paris. Olga Sergeïevna n’hésita pas une seconde et le donna à sa fille. Restait un sujet non résolu — le mariage. Et là, ce n’était pas si simple. Marie rêvait d’un vrai mari, pas comme certaines amies qui cherchaient un «sugar daddy», mais le prétendant idéal ne croisait jamais sa route. Ses deux histoires d’amour avaient vite tourné court et ne lui avaient apporté ni plaisir, ni alliance. Quand elle était ado, un gamin de la rue d’à côté, Nicolas, la regardait avec des yeux de merlan frit. Manifestement, il était fou d’elle. Elle n’en avait rien à faire du petit Nico, mais elle avait gardé ce regard en mémoire. Jamais aucun de ses prétendants ne l’avait regardée comme ça. Les mecs d’après, eux, ne pensaient qu’aux comédies idiotes, au foot et au prix des bières — rien d’emballant. Ce n’était vraiment pas son style. Mais Paul, lui — grand, bel homme, sûr de lui, de seize ans son aîné — la regardait exactement comme il fallait. Il disait les mots justes, agissait avec assurance. Bien sûr, Marie s’est convaincue que c’était «l’homme de sa vie» et elle est tombée amoureux fou. Elle rêvait de robe blanche, de voyage de noces et de leur futur enfant. Mais le destin a décidé de commencer par la fin de son histoire. — Je suis enceinte ! — annonça-t-elle joyeusement à Paul, six mois après leur rencontre, en le regardant dans les yeux. Il aurait dû la demander en mariage sur-le-champ. — Eh bah… siffla Paul, avant de se reprendre : — C’est formidable, mais ce n’est pas le bon moment. — Pourquoi ? — Je ne peux pas t’épouser. C’est bien ce que tu attends, non ? En fait… je suis marié. Comment elle n’est pas tombée dans les pommes, Marie se le demande encore. Toutes ces histoires de «coup de tonnerre» et «cœur brisé» faisaient pâle figure face à ce qu’elle a ressenti. Elle n’avait aucune idée que son chéri était marié ! Il partait souvent en mission, mais c’était à cause de sa profession… Devant le visage effondré de Marie, Paul se rattrapa en lui promettant qu’il divorcerait très vite. Il disait que tout était déjà fini avec sa femme, qu’il restait seulement à arranger les choses avec leur fille de quinze ans. Mais que Lika, leur fille, était assez grande et qu’il pourrait repartir de zéro avec Marie et leur enfant. Marie n’était pas tout à fait convaincue, mais trois mois plus tard, Paul lui montra bien un certificat de divorce, et le mois suivant ils se marièrent. Pas de grande fête ni de voyage, mais ses rêves devenaient réalité. Paul emménagea chez elle — il ne pouvait pas rester avec son ex, ça ne se faisait pas ! — et ils furent heureux. Le petit Romain naquit dans les délais, apportant encore plus de bonheur. Paul continuait à partir en déplacements — des vrais, cette fois — et assurait très bien la sécurité financière de sa nouvelle famille tout en versant une pension à Lika. Marie se débrouillait seule avec le bébé et ne se plaignait pas. — Marie ? — Une voix d’homme résonna doucement à la sortie du supermarché. — Je te donne un coup de main ! — Un jeune homme descendit habilement la poussette avec Romain sur la rampe, la laissant découvrir son visage. — Nico ? s’étonna-t-elle. — Enfin… Nicolas ? — Marie détailla avec plaisir son ancien soupirant. C’était bien le Nico de sa jeunesse, le gamin timide du quartier, devenu un jeune homme attirant. Il avait son âge ou presque — 25 ans, elle 26 ? Déjà ? Nico raccompagna Marie avec sa poussette jusqu’à son immeuble. Elle refusa qu’il monte à cause des ragots du voisinage. Et puis, pas question de rendre Paul jaloux. Ils avaient discuté presque une heure au parc avec Romain, sans qu’il soit question de plus. Le garçon n’avait pas l’air vexé et lui demanda seulement son numéro. Elle prit le sien aussi, tout en sachant qu’elle ne l’utiliserait pas. Au fil des deux mois suivants, Nico, par hasard, passait dans le quartier et accompagnait parfois Marie dans ses balades avec Romain. Ils papotaient de tout et de rien, Marie ne le voyait pas du tout en homme, il semblait s’en foutre, il l’amusait, jouait avec le petit. Un jour, le bébé eut une forte fièvre, le médecin prescrivit des médicaments. Impossible de sortir, mais Paul devait rentrer d’un déplacement d’une minute à l’autre. — Tu arrives bientôt ? — l’appela Marie. — J’ai besoin de médicaments pour Romain. Je vais t’envoyer la liste. — Papa ? Où tu traînes ? Allez, viens ! On meurt de faim avec maman ! — entendit-elle la voix d’une ado au téléphone. — Tu es où ?… — Marie sentit sa gorge se serrer en devinant. — Je suis passé voir ma fille. Ça pose un problème ? — répondit Paul, irrité. — Papa, on t’a attendu hier soir et ce soir encore ! Dépêche ! — appela à nouveau Lika. — D’accord… — Marie raccrocha. Elle frissonnait de colère, mais d’abord, il fallait trouver une solution pour les médicaments. Merci à la voisine qui surveilla Romain. Paul rentra trois heures plus tard. — Je ne vais pas me justifier, déclara-t-il d’emblée. J’aime toi et notre fils, mais ma première famille me manque. D’ailleurs, ces six derniers mois, j’ai souvent dormi là-bas. Si ça ne te convient pas, tant pis. — «Ça ne me convient pas…» — répéta Marie, abasourdie. — Je croyais qu’on s’aimait, qu’on était une vraie famille, et toi… Toi, tu n’es qu’un traître ! Dégage ! S’il s’était excusé, s’il avait supplié, ou au moins promis que c’était fini, elle lui aurait peut-être pardonné… Mais Paul traversa la chambre sans un mot, regarda son fils endormi, rassembla ses affaires et partit. — Ne t’inquiète pas, je continuerai à payer pour Romain. — Va au diable ! — lui claqua-t-elle la porte au nez, réveillant le petit. Trois jours durant, Marie pleura sans répondre à aucun appel ou message. Paul n’allait pas la joindre, elle n’attendait plus rien de personne. Mais il fallut ouvrir la porte sous les appels insistants. — Tu es vivante ? Et Romain, il va bien ? — Nico la prit dans ses bras, affolé. — Pourquoi tu ne répondais plus ? Elle éclata en sanglots de nouveau. Nico la réconforta, l’écouta, la soigna : «Tout ira bien». Il refusa de partir, dormit sur le canapé, prépara le petit-déj’ le lendemain et partit bosser. Toute la semaine suivante, il vécut chez elle : s’occupa de Romain, fit les courses (avec son propre argent), bricola, cuisinait. — Tu n’as pas un boulot, toi ? — demanda-t-elle, faiblement. — J’ai pris des jours de congé. Une semaine encore et ils finirent dans le même lit. Pourquoi pas ? Paul n’était jamais réapparu, il avait juste envoyé un virement. Marie se dit que Nico était bien plus «mariable» que ce traître de Paul. Nico n’avait pas emménagé pour de bon — ils attendaient les démarches du divorce — mais il dormait souvent chez elle. Marie n’était pas amoureuse, mais à ses côtés, elle se sentait bien et tranquille. Et il s’entendait bien avec Romain. Et la tête de son presque-ex-mari, le jour où il les vit tous les trois en promenade… Le cœur de Marie fit un bond — peut-être que Paul allait tout comprendre, demander pardon et… Elle n’eut pas le temps de finir sa pensée : Paul se détourna, salua calmement et s’occupa simplement de leur fils. Bon, décidément, c’était la bonne décision de refaire sa vie avec Nico. L’arrivée de sa mère fut une surprise. Elle l’appela déjà dans la cour, des sacs pleins les bras : «Descends m’aider, je suis là !». Nico venait à peine de partir travailler. Il était temps d’annoncer à sa mère les changements amoureux. Au petit-déjeuner, tandis qu’elles discutaient des nouvelles, la mère lança soudain : — Dis donc, c’est le Nico de Ludivine qui habite ici, non ? Marie se figea. «Ludivine», c’était la mère de Nico. — Comment le sais-tu ? — Je viens de le croiser ! Quel garçon responsable. Ici, à la campagne, plus de boulot pour les hommes, ils partent tous travailler à Paris ; lui a refusé. Il est venu s’installer ici. Il dit qu’il ne veut pas être loin «de ses filles». Apparemment il gagne de l’argent, il revient souvent. Je t’avais dit, qu’il s’était marié il y a trois ans, qu’il avait une fille, Sonia ?… Les mots de sa mère lui arrivaient comme à travers un nuage. Marie s’écroula sur le tabouret. Pour la deuxième fois ! La deuxième ! Elle n’avait même pas pensé à vérifier si cet homme était marié ! Comment croire en qui que ce soit après ça ? Marie rompit aussitôt avec Nico, le mit dehors, lui interdisant de remettre les pieds chez elle. Elle ne voulut rien entendre de ses promesses de divorcer «quand la petite sera plus grande». Décidément, le bonheur conjugal n’était pas fait pour Marie…