Trois samedis de suite, ma femme est partie ‘au travail’. Ce que j’ai découvert a tout changé

**Journal de Marc 15 octobre**

Trois samedis daffilée, ma femme est partie « au travail ». Ce que jai découvert a tout changé.

« Encore en retard ? » Jessaie de garder un ton calme, mais ma voix tremble malgré moi.

Lucie se fige, son sac à main suspendu au creux de son bras. Elle se retourne lentement, comme pour gagner du temps.

« Oui, le projet est en urgence. Le patron est à bout, tout le monde court partout. »

« Un samedi ? Trois semaines de suite ? »

« Marc, ne fais pas lenfant. Le travail, cest le travail. »

Elle membrasse sur la joue vite, mécaniquement, comme une voisine dans lascenseur. Elle sent le parfum de bébé, doux et lacté. Pas son Chanel habituel. Je grimace.

« Lucie on pourrait en parler ? »

« Ce soir. Promis, ce soir. Daccord ? »

La porte claque. Je reste planté dans lentrée, les poings serrés. Troisième samedi. Troisième satané samedi où elle part tôt et revient épuisée, silencieuse, étrangère.

Je nen peux plus. Je saisis les clés de ma Peugeot.

Lucie sort de limmeuble, jette un regard autour delle. Je me baisse dans la voiture heureusement, je suis garé derrière un fourgon. Elle monte dans un taxi. Je démarre.

Le trajet est long. Pas vers son bureau, ça, cest évident. Un quartier résidentiel à lautre bout de Paris. Mon cœur bat comme un fou. Je vais savoir. Tout va séclairer.

Lucie descend devant un immeuble défraîchi. Je me gare plus loin, la suis à distance. Elle entre dans lascenseur. Je compte les étages. Troisième. Fenêtre à gauche.

Rien pendant une demi-heure. Puis Lucie réapparaît. Mais pas seule.

Avec une poussette.

Je manque de meffondrer. Un bébé ? On na pas denfant, on en parlait, enfin avant ces samedis maudits.

Le bébé pleure. Lucie berce la poussette, murmure des mots maladroits. Elle a lair perdue. Une jeune femme sort en courant sa sœur cadette, Amélie. La fameuse Amélie, irresponsable, deux divorces à vingt-cinq ans.

« Lucie, merci ! Je reviens dans deux heures, max ! »

« Amélie, tu avais dit une heure ! »

« Sil te plaît, cest hyper important ! »

Amélie senfuit, laissant sa sœur avec ce bébé hurlant. Lucie pousse la poussette davant en arrière, impuissante.

Je méloigne, madosse contre un mur. Donc, pas un amant. Un neveu. Mais pourquoi mentir ?

Je rentre à la maison, dépasse Lucie. Il faut réfléchir.

Chez nous, jarpente les pièces. Je pourrais simplement demander : « Lucie, où étais-tu ? » Mais elle mentirait je le sais. Comme je mens, moi aussi.

Parce que jai un secret, aussi.

Chloé. Lassistante du service voisin. Rien de grave juste des discussions après le boulot, un café, un film parfois. Elle écoute mes histoires de code, rit à mes blagues, me regarde avec admiration. Comme Lucie avant. Avant que notre vie ne devienne « achète du pain », « paie les factures », « encore des chaussettes traînées ».

Avec Chloé, cest simple. Elle me rappelle la Lucie dil y a sept ans. Joyeuse, insouciante, capable découter mes divagations sur les algorithmes pendant des heures.

La clé tourne dans la serrure. Je sursaute, attrape la télécommande.

« Salut. » Lucie apparaît dans lencadrement. « Tu es resté là toute la journée ? »

« Ouais. Pas eu envie de sortir. »

Elle passe à la cuisine. Jentends leau couler, la vaisselle sentrechoquer. Je la rejoins.

Lucie est devant lévier, frotte une tasse. Les épaules voûtées, des cernes sous les yeux. Une tache sur son jean du lait en poudre, sans doute.

« Lucie. »

« Quoi ? »

« Tu as lair crevé. »

Elle se retourne, surprise.

« Oui. Crevée. »

« On pourrait dîner dehors ? Chez ce petit italien, pour lanniversaire ? »

« Marc, je suis morte. Commandons une pizza ? »

Je hoche la tête. Elle sort son téléphone, cherche le numéro du livreur. Ses mains tremblent.

« Lucie quest-ce qui se passe ? »

« Comment ça ? »

« Tu es différente. Depuis un mois. »

Elle se fige. Le téléphone lui échappe, tombe sur la table.

« Cest juste le boulot, Marc. Trop de boulot. »

« Un samedi ? »

« Oui, un samedi ! Tu me saoules ! »

Elle craque. Je la vois au bord des larmes. Je mapproche, lenlace. Elle se raidit, puis saffaisse, enfouit son visage dans mon épaule.

« Désolée. Je suis juste tellement fatiguée. »

Elle sent la poudre pour bébé et quelque chose daigre du lait régurgité, sans doute. Je caresse son dos, sens son cœur battre la chamade.

« Si quelque chose ne va pas, dis-le. Je suis là. »

Elle sécarte, essuie ses yeux.

« Tout va bien. Vraiment. Juste une période difficile. Ça va passer. »

La pizza arrive quarante minutes plus tard. On mange en silence. Lucie part se doucher, je reste dans la cuisine, à fixer ma part refroidie.

Je pourrais parler. « Lucie, je tai vue avec une poussette. Cest ton neveu ? » Mais alors, javouerais lavoir suivie. Et elle demanderait : « Et toi ? Où passes-tu tes vendredis soir ? »

Et je répondrais quoi ? Que je prends un café avec une autre ? Que je lui raconte ce que je ne raconte plus à ma femme ? Que parfois, je me demande : et si ?

Mon téléphone vibre. Un SMS de Chloé : « On se voit lundi ? Je veux te montrer ce film dont jai parlé. »

Je supprime le message. Non. On ne se verra pas. Ça suffit.

Lucie sort de la salle de bain en peignoir, les cheveux mouillés. Elle sassoit près de moi.

« Marc, demain, restons à la maison. Juste nous deux. »

« Et le travail ? »

« Au diable le travail. »

Je souris. Quand a-t-elle dit ça pour la dernière fois ?

« Daccord. Restons. »

Elle prend ma main. Ses doigts sont froids, malgré la douche chaude.

« On a perdu quelque chose, hein ? »

« Quoi ? »

« Nous. On a perdu nous. »

Je serre sa main.

« On se retrouvera. »

Le lendemain, on se réveille tard. Lucie fait des crêpes une première depuis des mois. Je prépare le café, coupe des fruits. On petit-déjeune sur le balcon, malgré le froid.

« Tu te souviens de notre petit-déj à Bruxelles ? » dit Lucie.

« Celui où tu as failli renverser ton café sur un passant ? »

« Je lai pas renversé, je lai mal posé, cest tout ! »

On rit. Ça faisait si longtemps.

La journée est étrange. Comme si on jouait aux jeunes mariés. On regarde une série blottis sur le canapé. On cuisine ensemble je coupe les légumes, elle prépare la sauce. On ne parle pas de boulot,

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Trois samedis de suite, ma femme est partie ‘au travail’. Ce que j’ai découvert a tout changé
Le destin d’une naissance : le choix impossible de Nathalie en 1993 Nathalie n’avait jamais été aussi furieuse. Tout était clair désormais : elle était enceinte, mais à un moment terriblement inopportun. Nous étions en 1993, une ère de bouleversements où seuls les chanceux gardaient un emploi. Nathalie venait tout juste d’obtenir un poste stable, bien rémunéré pour l’époque. À peine commençait-elle à voir la vie s’améliorer qu’une grossesse bouleversait tout. Après un long dîner éprouvant, Nathalie et son mari Nicolas décidèrent ensemble de recourir à l’avortement. Ils vivaient dans une grande commune, à deux pas de la polyclinique où Nathalie prit rendez-vous sans qu’on ne lui propose les traditionnels « temps de réflexion », alors inexistants. L’unique gynécologue du coin devait réaliser l’intervention, mais le jour venu, Nathalie, accablée de fatigue et de malaise, rebroussa chemin. Le lendemain, elle apprit que la médecin était tombée malade et serait absente au moins deux semaines. Au téléphone, Nathalie s’insurgea contre sa mère, et sa belle-mère lui suggéra que « ce n’est peut-être pas le destin ». Mais Nathalie ne voulait rien entendre. Les délais s’allongeaient ; à l’hôpital du département, les listes d’attente étaient immenses, et seules des connaissances pouvaient peut-être l’aider. Une amie de longue date lui recommanda une praticienne au chef-lieu. Levée tôt, sous une pluie battante, Nathalie prit le bus. Mais en arrivant, elle fit face à une atmosphère lugubre et une secrétaire mystérieuse prétendant que Docteur Grichine n’existait pas. Paniquée, Nathalie s’enfuit et reprit le bus, rassurée seulement au milieu des autres voyageurs. Son amie la réprimanda, mais Nathalie attendit finalement le retour de sa gynécologue habituelle. Quelques jours plus tard, cette dernière lui annonça simplement qu’il était trop tard. Le soir même, devant la fenêtre, Nathalie croisa le regard de deux enfants riant sous la pluie, et son cœur se serra à l’idée qu’eux aussi, bientôt, pourraient marcher ainsi sous l’averse. Finalement, elle rentra chez elle, rassurée, pour annoncer à son mari qu’ils auraient un second enfant. Cette nuit-là, Nathalie fit un rêve merveilleux : elle croisa une adolescente lumineuse qui lui lança, en souriant, « Appelle-moi Lydie ! » Avant de disparaître… Seize ans plus tard, alors qu’elle admirait sa fille Lydie, pleine de vie et de taches de rousseur, Nathalie repensa à cette suite d’obstacles. Elle comprit alors que les enfants choisissent leurs parents – et la vie, parfois, s’acharne à nous le prouver.