– Et qui es-tu pour décider ? – s’étonna son ex-femme en me voyant au chevet de son lit d’hôpital

Oh là là, tu ne vas pas croire ce qui sest passé ! Alors, je suis allée à lhôpital pour voir Vincent, et sa ex-femme a débarqué comme une tornade

Tout a commencé quand jai demandé à une infirmière, un peu pressée : « Excusez-moi, pourriez-vous me dire où se trouve la chambre 217 ? » Elle a levé à peine les yeux de son magazine et ma répondu : « Au bout du couloir, puis à droite. »

Jai serré le sac de provisions dans mes mains des petits plats faits maison, tu sais, comme dhabitude et jai marché lentement. Ces couloirs dhôpital ça me rappelle toujours maman. Lodeur de désinfectant, le bruit des chariots, les murmures derrière les portes. Depuis quelle est partie, je déteste ces endroits.

Quand je suis entrée dans la chambre, il y avait quatre hommes, mais mon regard a tout de suite trouvé Vincent. Il était près de la fenêtre, pâle, les yeux fermés. Un vase de chrysanthèmes fanés sur sa table de chevet.

« Vincent », jai chuchoté.

Il a ouvert les yeux, surpris. « Élodie ? Comment tu as su que jétais ici ? »

« Cest Sophie qui me la dit. Je lai croisée près de la boulangerie. Elle ma parlé de lhôpital. »

Jai posé le sac et me suis assise près de lui. Mon Dieu, il avait maigri Ce nétait plus le Vincent que je connaissais, toujours plein de vie.

« Quest-ce qui tarrive ? »

« Oh, rien de grave juste un petit infarctus. Les médecins disent que cest léger, mais bon. »

« Mon Dieu, Vincent Je ne savais pas. »

Il a haussé les épaules. « Comment laurais-tu su ? On ne se parle plus vraiment. »

Cétait vrai. Après son mariage avec Chloé, on sest éloignés. Juste un « bonjour » de temps en temps au marché.

Je lui ai sorti les bocaux de confiture, les cornichons maison, sa compote de cerises préférée Il a souri pour la première fois. « Merci, Élodie. Cest gentil. »

« Et les médecins, ils disent quoi ? Quand tu sors ? »

« La semaine prochaine, si tout va bien. Mais bon, régime, médicaments la totale. »

Jai hésité avant de demander : « Et Chloé ? Elle ne vient pas te voir ? »

Il a détourné le regard. « Chloé et moi cest fini. On a divorcé il y a trois mois. »

Quoi ? Jai failli tomber de ma chaise. « Mais pourquoi ? »

Il a soupiré. « Elle a rencontré quelquun dautre. Elle dit quelle na plus de sentiments. »

Jétais sans voix. Ils étaient ensemble depuis huit ans. Une vie stable, un appartement à Lyon

« Et ton infarctus, cest à cause de ça ? »

« Peut-être. Le stress, paraît-il. Mais mon cœur fatiguait déjà avant. »

Il ma raconté quil vivait chez sa mère maintenant. Pauvre Vincent À cinquante-trois ans, seul, malade.

Je lui ai proposé de lappeler, de laider après sa sortie. On a échangé nos numéros.

Et puis boum. Elle est arrivée.

Chloé. Toute parfumée, talons hauts, un bouquet de roses à la main. Elle ma toisée comme si jétais une intruse.

« Et toi, tes qui ? »

Vincent a essayé de calmer le jeu, mais elle na pas lâché. « Ah, cest LA Élodie ? Celle qui ta quitté pour un autre ? »

Jai senti ma joue brûler.

Et là, ça a dégénéré. Elle ma accusée de revenir comme un vautour, jai répliqué quelle, au moins, lavait abandonné quand il était malade

Vincent sest senti mal. Linfirmière est arrivée, nous a virées toutes les deux.

Dans le couloir, Chloé ma rattrapée. « Écoute Je ne suis pas la méchante de lhistoire. Jai juste voulu être heureuse. »

Je nai rien répondu.

Et en rentrant, je me suis demandé Qui suis-je, finalement, pour me mêler de sa vie ? Une ex qui la quitté il y a vingt ans.

Mais peut-être que le destin nous donne une seconde chance ?

Quen penses-tu ?

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– Et qui es-tu pour décider ? – s’étonna son ex-femme en me voyant au chevet de son lit d’hôpital
Tu es la meilleure, quoi qu’il arrive La noce a agité tout le village : Daphné et Germain se sont mariés. Les mariages à la campagne, c’est toujours la fête, et même après le bal, les amateurs de joie continuent à trinquer à l’ombre des maisons ou sur le banc devant chez quelqu’un. Il suffit d’un prétexte. Daphné et Germain ont tout de suite emménagé dans la maison de la grand-mère de Germain, loin des parents. Germain était chauffeur-livreur sur un petit camion Renault, il transportait des marchandises de la ville vers les deux commerces du village. Entre Daphné et Germain, tout est allé vite. Il savait que cette jeune femme gentille et simple serait une épouse attentionnée. Ils ne se fréquentaient que depuis deux mois quand, lors d’un rendez-vous, il a lancé : — Daphné, on se marie ? — Oh, déjà ? — Pourquoi attendre ? On se connaît depuis le lycée, même si j’ai eu mon bac deux ans avant toi. Alors, tu dis quoi ? Tu veux ? — Oui, bien sûr ! a souri Daphné, ravie. La mère de Daphné est restée bouche bée devant la nouvelle : — Oh, ma fille, Germain veut déjà t’épouser ? J’sais pas s’il t’aime vraiment, on dirait que ça vient vite tout ça… Et toi, tu l’aimes ? — Il me plaît beaucoup, oui. — Bon, fais juste attention, ma fille, car un mari, c’est censé être une valeur sûre, une épaule solide… Au village, tout le monde avait remarqué que Michel, le gars du coin, buvait de plus en plus. Il était sérieux et discret, un peu timide – mais dernièrement, traînait souvent avec quelques gars qui perdaient leurs journées à boire devant la supérette. — T’as vu ce que devient ton Michel, s’étonnaient les voisins à Thérèse, sa mère. Il travaille à la moisson mais s’il continue comme ça, il va se faire virer ! Les mois passaient, Michel ne déliait plus jamais la bouteille, malgré les supplications de sa mère. Bientôt, il rata la saison des récoltes et perdit son poste de conducteur de moissonneuse, qu’il connaissait pourtant sur le bout des doigts. — Qu’est-ce qui lui arrive, à Michel ? soupirait Mamie Eugénie en croisant Thérèse. Encore vu rond comme une barrique, ce gamin pourtant si bien sous tout rapport… Thérèse rentra un soir et trouva son fils affalé sur le canapé, murmurant dans sa barbe : — Daphné… Ma Daphné… Pourquoi tu t’es mariée… pourquoi… — Bon dieu ! C’est à cause de Daphné la factrice ? Tu l’aimais, fiston ? Mais qui savait ça, toi qui parlais à aucune fille ! Oh, la timidité, ça ne pardonne pas… Le jour même, elle attendit Daphné devant chez elle, qui livrait le courrier : — Dis donc, Daphné, t’es partie épouser Germain et tu ignores Michel ? Il souffre, c’est pour ça qu’il boit, tu te doutes ? Pourquoi tu lui as fait ça ? Daphné, saisie, rougit et balbutia : — Je ne comprends pas… On s’est croisés, on s’est parlé deux-trois fois, mais c’est tout… — Tu piges vraiment rien, marmonna Thérèse. Il t’aime, il t’a jamais parlé, il t’a jamais rien dit, le pauvre, trop timide… — Je vais lui parler, promis, tatie Thérèse. Faut qu’il reprenne le dessus, c’est pas une vie. Deux jours plus tard, Daphné tomba sur Michel, assis parmi une bande d’habitués sur un tronc, la bouteille à la main. Les autres filèrent en la voyant. — Michel, faut qu’on discute, dit-elle en s’asseyant à côté de lui. — Ça fait longtemps que tu m’aimes ? — Depuis le lycée… — Michel… aimer, c’est vouloir le bonheur de l’autre. Pas se détruire comme ça. Ta mère souffre. Le village ne comprend pas comment t’as pu dégringoler. Pense à elle. Tu vaux mieux que ça, tu le sais ? — Oui… — Eh bien, prouve-le. Reprends-toi. Je t’assure, y’a rien d’exceptionnel chez moi — j’ai les jambes tordues, je tiens mal la maison, je râle tout le temps… Tu trouveras l’amour, et tu seras heureux. Ne fais pas souffrir ta mère. Daphné repartit. Michel murmura en la regardant s’éloigner : — Tu es la meilleure, quoi qu’il arrive… La vie reprit. Un jour, Daphné entra à la supérette et fut abasourdie en apercevant Germain dans les bras de Tania la caissière. Surprise, elle entendit la vérité : — Rien ne sert de se cacher, Daphné. Germain m’a toujours aimée, c’est par dépit qu’il t’a épousée, répondit Tania crûment. Chagrinée, Daphné se confia à sa mère qui la consola : — Ma chérie, je t’avais prévenue. Mais rien n’est irréversible dans la vie… Le divorce fut annoncé dans tout le village, tout le monde connaissait l’adultère de Germain avec Tania – sauf Daphné, la dernière informée, comme souvent. Peu après, Thérèse annonça à Michel : — Eh, grande nouvelle ! Daphné divorce. Bouge-toi, mon gars, le chef de la coopérative m’a dit qu’il te reprendrait si t’arrêtais l’alcool. Vas-y, c’est ta chance. Bientôt, le bruit courut : Michel et Daphné la factrice se mariaient. Thérèse rayonnait et les voisines se félicitaient : — Il a changé, Michel, il fera un bon mari pour Daphné. Comme quoi, l’amour transforme un homme… Quant à Germain et Tania, aucune surprise, mais la grand-mère d’Eugénie en rigolait : — Tania mettra bientôt Germain sur la touche, on parie ? Michel et Daphné vécurent heureux. Un jour à table, après s’être régalé, Michel lança : — Tu disais que t’étais une mauvaise cuisinière, mais tu es parfaite, Daphné… — N’empêche, je suis râleuse, tu sais ! — Mais tu es la meilleure, je l’ai toujours su. — Michel… au fait, je suis enceinte. Les yeux ronds, Michel bondit de joie et embrassa sa femme. Daphné eut une fille, puis un fils trois ans plus tard. Toute la famille était comblée, surtout Thérèse, la belle-mère, aux anges devant sa belle-fille et ses petits-enfants. La vie continuait, sereine, au village.