Arrête de parler à ta mère, elle a une mauvaise influence sur toi – exige mon mari

**Journal intime**

*Paris, le 15 octobre*

« Arrête de parler à ta mère, elle a une mauvaise influence sur toi. » Cest ce qua dit Antoine, les yeux rivés sur son téléphone, sans même me regarder.

Jai figé au milieu de la cuisine, ma tasse de thé à la main. Quest-ce quil venait de dire ?

« Pardon ? » ai-je répondu, la voix tremblante.

« Je suis sérieux, » a-t-il enfin levé les yeux vers moi. « Ta mère simmisce toujours dans nos affaires. À cause delle, on ne fait que se disputer. »

« Antoine, comment peux-tu dire ça ? Cest ma mère. La seule qui me reste. »

« Justement, tu ne vois pas comment elle nous détruit, » a-t-il rétorqué en se levant pour arpenter la cuisine. « Chaque fois quelle vient, on passe une semaine à gérer les conséquences. Soit elle critique notre déco, soit elle trouve que je ne te traite pas bien, soit mon salaire ne lui suffit pas. »

Je me suis assise, les mains tremblantes. Les mots de maman me revenaient en mémoire, prononcés hier soir : « Élodie, ma chérie, pourquoi Antoine ta-t-il crié dessus à cause du dîner ? Je naime pas la façon dont il te parle. »

« Elle sinquiète pour moi, » ai-je murmuré. « Elle veut mon bonheur. »

« Elle veut nous monter lun contre lautre ! » a-t-il explosé. « Tu ne comprends pas ? Elle déteste que tu sois mariée. Elle ta eue pour elle seule pendant des années, et maintenant, elle doit partager. »

« Antoine, cest absurde » Les larmes me montaient aux yeux. « Elle était ravie pour notre mariage, plus que quiconque ! »

« Ravie ? » a-t-il ricané. « Tu te souviens de ce quelle a dit quand on sest fiancés ? «Prends ton temps, Élodie, réfléchis bien.» »

« Elle voulait juste que je sois sûre de moi »

« Elle voulait que tu changes davis ! » ma-t-il coupée. « Et maintenant, elle essaie de ruiner notre mariage de lintérieur. À chaque visite, cest la même chose : des disputes. Tu ne le remarques pas ? »

Jai essuyé mes larmes du revers de la main. Cétait vrai, après chaque visite de maman, Antoine et moi avions des tensions. Mais était-ce vraiment sa faute ?

« Cest une coïncidence, » ai-je tenté.

« Pas du tout, » a-t-il tranché. « Elle te manipule. Elle te dit que je suis un mauvais mari, que tu souffres avec moi. Et après, tu viens me faire des reproches. »

« Je ne te fais pas de reproches »

« Vraiment ? » Il sest assis en face de moi, son regard perçant. « La semaine dernière, qui ma fait une scène parce que je regardais le foot au lieu de fixer létagère de la cuisine ? Qui ta mis cette idée en tête ? »

Je suis restée silencieuse. Maman avait effectivement dit quelque chose sur le fait quun homme devait aider à la maison, pas seulement se prélasser sur le canapé.

« Tu vois ? » a-t-il poursuivi. « Et avant-hier, tu as soudain décidé quon ne passait pas assez de temps ensemble. Doù vient cette idée ? Encore ta mère ? »

« Elle a dit que les couples devaient plus communiquer » ai-je murmuré.

« Exactement ! » Il a frappé la table du plat de la main. « Elle te lave le cerveau, et ensuite, tu viens avec tes nouvelles idées. Tout allait bien avant quelle ne commence à venir sans cesse. »

Jai repensé à nos premiers mois de mariage. Maman venait rarement, disant quil fallait nous laisser le temps de nous habituer lun à lautre. Puis, après la mort de papa, elle sest mise à venir plus souvent.

« Elle est seule depuis que papa est parti, » ai-je expliqué. « Elle a besoin de moi. »

« Je comprends, » a-t-il dit, plus doucement. « Mais elle ne devrait pas reporter sa peine sur notre couple. Élodie, réfléchis. On ne se dispute presque jamais quand elle nest pas là. Mais dès quelle apparaît, tu deviens une autre femme. »

« Une autre ? »

« Mécontente, exigeante. Comme si cétait la voix de ta mère qui parlait à travers toi. »

Peut-être avait-il raison ? Après chaque visite, je me surprenais à critiquer Antoine pour des choses qui ne mavaient jamais dérangées avant.

« Mais que dois-je lui dire ? » ai-je demandé, perdue. « Comment lui expliquer que je ne veux plus la voir ? »

« Pourquoi expliquer ? » a-t-il haussé les épaules. « Invite-la moins souvent. Ou retrouve-la dans un café, sur un terrain neutre. »

« Antoine, je ne peux pas Cest ma mère. Elle na plus que moi. »

« Et tu as un mari, » a-t-il rappelé. « Je ne tolérerai pas quelle simmisce dans notre vie. »

Mon cœur sest serré. Choisir entre maman et mon mari Comment était-ce possible ?

« Écoute, » il a pris mes mains. « Je ne te demande pas de couper les ponts. Mais limitons son influence. Ne lui dis pas tout sur notre vie. Ne discute pas de ses conseils avec moi. Gardons nos distances. »

« Et si elle sénerve ? »

« Et si je ménerve parce que ma femme préfère écouter sa mère plutôt que son mari ? » a-t-il rétorqué.

Jai soupiré. Il avait une logique, mais cela ne soulageait pas ma peine.

Ce soir-là, maman a appelé.

« Élodie, comment ça va ? » Sa voix familière résonnait. « Antoine nest pas fâché à cause dhier ? »

« Pourquoi le serait-il ? »

« Jai quand même dit que votre appartement était froid. Peut-être a-t-il cru que je critiquais son sens pratique. »

Je me suis souvenue de son regard sombre après son départ. « Encore une remarque. Trop froid, trop chaud, la soupe trop salée ou pas assez. »

« Tout va bien, maman, » ai-je répondu prudemment.

« Tu sais, jai réfléchi, » a-t-elle enchaîné. « Et si tu trouvais un travail ? Rester à la maison, cest dommage pour toi. Un peu dargent en plus ne ferait pas de mal. »

« Antoine et moi avons décidé que je resterais à la maison pour linstant »

« Vous avez décidé ? Ou cest lui qui a décidé ? » Son ton était soudain plus aigu. « Élodie, tu as fait des études. Pourquoi te cloîtrer ? »

« Jaime bien être à la maison, » ai-je dit, mais ma voix manquait de conviction.

« Tu aimes ça ? Ou tu tes habituée à le croire ? » Un silence. « Ma chérie, jai peur que tu te perdes dans ce mariage. »

« Maman, arrête »

« Non, Élodie. Qui dautre te dira la vérité ? Avant, tu étais indépendante, sûre de toi. Maintenant, on dirait que tu teffaces. »

Après cet appel, je suis restée longtemps à la cuisine, perdue dans mes pensées. Avais-je vraiment changé ? Étais-je moins autonome ?

Quand Antoine est rentré, je lai accueilli avec une question :

« Pourquoi ne veux-tu pas que je travaille ? »

Il a figé en enlevant son manteau.

« Encore ta mère ? » a-t-il soupiré.

« Ce nest pas elle. Cest moi qui me pose la question. »

« Élodie, on en a déjà parlé. Pourquoi te stresser ? Mon salaire suffit. »

« Mais je pourrais contribuer

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Arrête de parler à ta mère, elle a une mauvaise influence sur toi – exige mon mari
Chaque soir, il court à l’hôpital, monte la garde sous les fenêtres, attend que son maître l’appelle et lui fasse signe de la main. Puis, par le dernier tramway, il repart chez lui. Tous à l’hôpital le connaissent déjà, cela fait deux ans qu’il vient… Le tramway avançait calmement sur les avenues parisiennes au crépuscule, ses roues crissant sur les rails comme de doux grognements, tandis que la ville s’apaisait et que le vacarme quotidien fondait dans la douceur du soir. Épuisé, Victor somnolait après une interminable journée à la Cinémathèque, responsable des animaux sur les tournages. Dès le matin, les ennuis s’étaient succédé : panne de voiture, longues heures chez le garagiste, puis lors d’un tournage en extérieur, l’artiste principal s’était échappé — un pointer fougueux nommé Tyson, qu’il avait fallu rattraper à plusieurs. La journée enfin terminée, Victor avait délaissé le métro et pris le tramway pour rentrer à Montreuil, la tête envahie de soucis professionnels. Depuis deux semaines, il cherchait en vain le chien idéal pour la nouvelle série d’un célèbre réalisateur. Des dizaines de chiens avaient défilé, tous écartés par le maître exigent. Où trouver la perle rare ? À une station, un passager insolite monta tranquillement. D’un bond souple, il s’installa devant la vitre, le regard rêveur fixé sur la rue. C’était un terrier au pelage roux, oreilles et dos charbonnés, doté d’une moustache imposante. D’apparence ébouriffée mais au collier de cuir soigné et à l’allure fière, il était évident qu’il n’était pas un simple chien errant mais un véritable compagnon de famille. Intrigué, Victor s’assit près de lui pour tenter de sympathiser. — Salut, tu veux être mon ami ? chuchota-t-il en tendant la main. Le chien le considéra longuement avant, du bout de sa patte fournie, de lui toucher la paume une seconde, puis se détourna pour continuer à contempler le dédale parisien. Victor s’adressa au conducteur : — Ce chien, il appartient à quelqu’un ici ? — Je ne sais pas, répondit le chauffeur, mais il fait ce trajet tous les soirs : de l’arrêt de l’hôpital à celui du terminus, toujours sur le dernier tramway. C’est un habitué, il accompagnait autrefois une dame âgée en fauteuil. Maintenant il rentre seul. Il est sage, ne dérange personne, alors je le laisse monter, glissa le conducteur, amusé. L’idée germait déjà dans l’esprit de Victor. Il descendit à la même station que le terrier, qui prit la direction d’une barre d’immeubles, jeta un œil au digicode puis s’assit devant l’entrée. Victor se posta à distance, attentif. Le chien surveillait : ce n’était pas un voisin connu, mais il attendit. Bientôt une voiture arriva, une femme ouvrit l’entrée avec son badge. Le chien monta les escaliers, ignora l’ascenseur, et s’arrêta devant une porte du cinquième. Il leva la patte, appuya sur la sonnette. — Mais tu es un vrai champion ! s’exclama Victor. Un aboiement bref, puis la voix d’une vieille dame résonna : — Patrick, c’est toi ? Derrière la porte, une frêle silhouette apparut sur ses béquilles, stupéfaite de découvrir Victor. — Bonsoir, souffla-t-elle. Vous accompagnez Patrick ? Merci, mais il rentre seul d’habitude… il s’est passé quelque chose ? Victor se présenta, expliqua vouloir discuter du chien. Patrick s’installa entre lui et sa maîtresse, attentif au moindre mot. Autour d’un thé, Madame Martin débuta son récit… Un chiot retrouvé transi près de la Porte de Vincennes, sauvé de justesse par son mari, soigné et éduqué grâce à l’aide d’un vieil ami éducateur canin. Patrick devint l’âme de leur foyer, malicieux, attentionné, toujours prêt à rendre service. Jusqu’au jour où son mari tomba malade, puis dut être hospitalisé. Patrick attendit, tous les soirs, sous les fenêtres de l’hôpital Saint-Antoine, espérant l’apercevoir. Il rentrait par le dernier tramway, inlassablement, depuis près de deux ans. Marquée par tant de fidélité, Victor osa demander : — Madame Martin, si Patrick tournait dans une série, qu’en penseriez-vous ? — Dans une série… vous croyez qu’il pourrait ? Vous ne me le prendriez pas ? — Jamais, c’est une clause du contrat : chaque soir, Patrick rentrera chez vous. Un beau cachet vous aidera, lui assurera aussi d’excellents soins. La décision fut prise. Le tournage fut un succès : Patrick s’imposa, à la première scène, comme la star parfaite que recherchait le réalisateur. Son jeu, sa sensibilité, sa fidélité en firent le chien préféré du public français. Grâce à la série, Madame Martin put financer ses soins, retrouver peu à peu la forme, promener Patrick chaque matin autour de Nation, une canne à la main. Patrick cessa d’aller à l’hôpital. Non par oubli, mais parce qu’il savait : son maître n’était plus là, mais il vivrait toujours pour lui et pour Madame Martin. Avec le cachet, Victor et elle firent ériger une stèle en granit noir au Père Lachaise : « À la mémoire éternelle d’Alexandre, de la part de son épouse et de Patrick ». Plus tard, Patrick tourna d’autres films, accompagna Victor dans de nombreux festivals, et finit ses jours aimé et choyé dans la maison de campagne des parents de Victor.